Les ateliers d’écriture se suivent et ne se ressemblent pas. À Mots croisés a invité Amandine Tondino, scénariste et réalisatrice, à animer un atelier d’écriture scénario.
C’est avec plaisir que nous partageons aujourd’hui un court entretien avec elle.
Vous êtes scénariste et réalisatrice, pouvez-vous nous en dire plus sur ces métiers de l’écriture et du cinéma ?
Ce sont deux métiers passionnants, qui dans mon cas vont de pair puisque je m’inscris dans une démarche de cinéma d’auteur. L’écriture de films, comme celle des romans, est très longue : on travaille par étapes, par strates, et les différentes réécritures permettent d’aboutir, à l’issue de plusieurs années de travail, à un texte (que l’on espère être) de qualité. A la différence de l’écriture romanesque, les scénarios sont écrits en vue d’être mis en image : ce sont des documents de travail, qui doivent toutefois être rédigés avec soin pour convaincre les guichets de financement et nos différents collaborateurs de nous accompagner sur le film. Quand on écrit pour le cinéma, il y a des moments de joie et de doutes, des difficultés car on est rarement rémunéré à la hauteur de notre travail pendant les phases d’écriture, ce qui demande de jongler avec d’autres métiers ou de vivre dans une forme de précarité. Après des années d’écriture, la réalisation du film va très vite : quelques jours à quelques mois selon la durée (court-métrage ou long-métrage) et le type (fiction ou documentaire) de film. Le tournage est un moment en tension, qui demande de faire les bons choix au bon moment et de s’adapter à de nombreuses contraintes. C’est également un temps merveilleux car il permet d’ouvrir le scénario, écrit seul ou avec peu d’interlocuteurs (dans mon cas), à de nombreux collaborateurs. Il y a quelque chose de grisant dans le fait de sentir comment un projet porté d’abord en solitaire est partagé avec d’autres au cours de la fabrication du film.
Comment naît un scénario ? Est-ce une commande d’une société de production ? D’un réalisateur ou réalisatrice ? S’agit-il d’adapter une œuvre existante (roman, conte, bande dessinée, etc.) ? De s’inspirer de faits réels?… Ou préférez-vous imaginer votre histoire, choisir votre sujet, construire vos personnages ? Pour réaliser ensuite votre court-métrage ou pour le soumettre à une société de production ?
Un scénario peut naître ou non d’une commande. Dans mon cas, sauf les quelques fois où j’ai pu travailler pour la télévision, le projet de film puis le scénario naissent du désir très intime et durable dans le temps (puisqu’il faudra tenir plusieurs années sur l’écriture) de raconter une histoire. Les inspirations sont diverses me concernant : lecture d’essais, réflexions au long cours sur le monde, lien personnel à un sujet… J’écris sur ce qui me touche et me semble ne pas avoir été déjà abordé au cinéma. Pour écrire mon dernier court-métrage : La nef des fous, qui est un film en costumes, je m’étais inspirée de textes d’historiens médiévistes pour construire un récit de fiction parce qu’il me semblait que cette époque, lorsqu’elle était abordée de manière plausible, racontait aussi notre rapport au monde en tant que contemporains. Le scénario de mon premier long-métrage, qui est en cours d’écriture, s’ancre quant à lui dans le territoire où j’ai grandi : la Nouvelle-Calédonie. Lorsqu’un projet en cours d’écriture me semble suffisamment lisible, je le fais lire à un ou à des producteurs et je vois si celui-ci prend. Lorsque c’est le cas, il faut compter sur de longues phases d’écriture à venir pour préciser, améliorer, convaincre et trouver les fonds pour que le film puisse, éventuellement, se tourner.
Pouvez-vous nous en dire plus sur les phases d’écriture de scénario, script, story-board ? Travaillez-vous avec une méthode précise ? Comment abordez-vous l’écriture des dialogues ? Y a-t-il des phases de réécriture ?
L’écriture d’un scénario se fait en entonnoir. On commence en général par développer ses idées, ses intentions, des personnages, avant de passer à l’écriture d’un synopsis (quelques lignes à quelques pages) puis d’un traitement (entre 10 et 20 pages) et enfin d’une continuité dialoguée (scénario). Pendant les réécritures, ces différents documents sont retravaillés lorsque la structure du film change ou qu’il faut déposer le projet à de nouveaux guichets (aides à l’écriture, résidences, aides à la production etc.). Je crois que la méthode dépend des projets et des auteurs mais sur l’écriture de long-métrage de fiction, il est nécessaire, à mon sens, de passer par des points structurels précis pour que le récit soit intéressant et dynamique : situation initiale, points de bascule, midpoint, résolution(s), etc. C’est une écriture assez technique et qu’en même temps on doit sentir vivre avec nous et avec les personnages. Pour dialoguer, je passe souvent par l’oralité et, surtout, je réécris beaucoup et je coupe ce qui n’est pas nécessaire : c’est souvent plus intéressant lorsque les émotions passent par les actions, les gestes, plutôt que par les dialogues.
Quel message ou quels conseils donneriez-vous à quelqu’un qui veut se lancer dans l’écriture de scénarios ? Un mot à ajouter ? Un message à faire passer ?
Faites preuve de patience et d’humilité, acceptez sans vous décourager que ce que vous écrivez ne sera bon qu’après de nombreuses réécritures – et c’est normal, l’écriture est un travail de marathonien.ne ! Lorsque l’on se lance dans l’écriture de scénario avec l’objectif d’une pratique professionnelle, il est important également de bien s’entourer et de savoir prendre les retours que l’on nous fait sur nos textes, les refus qui ne manqueront pas de venir dans un contexte très compétitif, avec philosophie. Et malgré tout, il importe avant tout de savourer et de cultiver le plaisir d’écrire ! Vous pouvez me retrouver sur Instagram et sur LinkedIn (les comptes sont à mon nom).
===
Photo © Jda Chai
Laisser un commentaire