Sur un panneau de la Maison des Matrimoines et des Patrimoines, on peut lire que Bagneux est une ville d’actions dont les valeurs sont l’engagement, l’épanouissement, la solidarité.
Après une visite guidée de l’expo « Luttes – Solidarité – Paix » par Loïc Canitrot, médiateur du Clos des Sources, Annie Lamiral, intervenante À Mots croisés, a invité à l’écriture autour de « Des voix pour un lycée – Quand les idées s’affrontent, les paroles s’élèvent, les mots résonnent ! »
Pour mémoire, la lutte pour un lycée à Bagneux a démarré en 1956 (!). Aujourd’hui encore, cette ville de 46 000 habitants est toujours dépourvue de lycée d’enseignement général public – alors qu’un tiers de la population à moins de 25 ans, que ces jeunes sont les porteurs potentiels de projets de demain, que cette jeunesse représente un vivier de futurs entrepreneurs. Depuis la remise en cause du projet en mars dernier, Bagneux se mobilise.
Annie a dégagé plusieurs pistes d’écriture : imaginer une (vive) discussion sur cette injustice territoriale, rédiger une pétition ou un récit à plusieurs voix.
À suivre le récit imaginé par Muriel.
Ne les abandonnons pas
– « Alertez les bébés », tu t’en souviens… On avait bien rigolé devant les affiches de ce film mais on commençait tout juste l’école normale -pas la grande- la modeste qui nous a plongés dans ces quartiers. On a même rencontré Claude Duneton, toi qui aimais l’étymologie, tu étais ravi moi j’appréciais écouter Catherine Merle, la soprano qui l’accompagnait. On emmenait les mômes de l’école à la bibliothèque et à la piscine. On essayait d’ouvrir les enfants à des mondes inconnus.
– Arrête de rabâcher. On a manifesté pour le maintien des centres de protection maternelle infantile avec les poussettes de nos gosses et on les a sauvés en bataillant fort. Et désormais, ils ferment les uns après les autres. On a manifesté contre la loi Devaquet et on se battait haut et fort pour ces valeurs qui forgeaient notre métier d’instit, notre conception de la citoyenneté.
– Tu as entendu le projet de lycée d’enseignement porté depuis 1956 vient d’être remis aux calendes grecques- une véritable arlésienne. Bagneux présentait quelques caractéristiques, une ville sans lycée, avec un pourcentage colossal de logements sociaux et sans magasin Picard. Et bien, des métamorphoses. Changement du bâti, l’ouverture du spécialiste du surgelé et lycée toujours aux oubliettes.
– On a encore berné les jeunes et nous comment ne pas les abandonner, crier notre colère pour combattre l’insupportable injustice sociale. On est bien éloignés des hussards de la République qui sortaient les gosses de la misère, leur assuraient des perspectives et n’ignoraient pas leurs rêves.
– Il n’y a pas de lycée sur la ville et comment ne pas imaginer la colère de ces gamins qui se lèvent tôt, reviennent tard avec les aléas des transports, s’expatrient pour continuer un parcours scolaire. Ils doivent bouillir de supporter les emplois du temps de leurs parents. Ils doivent s’indigner d’être des délaissés, des abandonnés, des laissés-pour-compte, des oubliés. Comment s’adonner à des activités, faire du sport, rencontrer les copains quand on est pressés. Des vies déjà sans espoir – pire encore sans espérance !!!
– Et puis ceux qui se rendent dans certains établissements, ils racontent du terrible ! Des toilettes bouchées, des salles sans chaises en suffisance, sans tables, des enseignants non remplacés, des infirmières et des assistantes sociales dispersées, du mépris. Nous, on avait des algécos aménagés en salles de classe mais les adultes ne nous avaient pas abandonnés et on pouvait apprendre et se construire.
– Tu te souviens de l’aphorisme républicain faussement attribué à Victor Hugo « Ouvrez des écoles, vous fermerez des prisons ».
– On va essayer d’être pragmatiques et de savoir comment nous pourrions dénoncer cette mise au placard du lycée et comment elle s’apparente à reléguer les jeunes balnéolais dans des zones de non-droit. On va cesser de penser à Jean Zay, à Victor Duruy et à Jules Ferry. On pourrait écrire une lettre, un article pour crier justice, vilipender les grands qui bafouent la dignité des oubliés des quartiers.
– On est vieux ; l’école nous a sauvés. A quoi ça sert de tergiverser, de grommeler, il faut attester aux enseignants désespérés, aux élus désenchantés, aux adolescents égarés notre solidarité.
– Imaginons un titre. « Sauvons l’instruction » ou « Ne les abandonnons pas ».
– Tu rigoles… Que penses-tu d’un titre comme
« Une victoire : une grande enseigne de surgelés ouverte – Une défaite brûlante : un lycée aux oubliettes ».
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