Sur un panneau de la Maison des Matrimoines et des Patrimoines, on peut lire que Bagneux est une ville d’actions dont les valeurs sont l’engagement, l’épanouissement, la solidarité.
Après une visite guidée de l’expo « Luttes – Solidarité – Paix » par Loïc Canitrot, médiateur du Clos des Sources, Annie Lamiral, intervenante À Mots croisés, a invité à l’écriture autour de « Des voix pour un lycée – Quand les idées s’affrontent, les paroles s’élèvent, les mots résonnent ! »
Pour mémoire, la lutte pour un lycée à Bagneux a démarré en 1956 (!). Aujourd’hui encore, cette ville de 46 000 habitants est toujours dépourvue de lycée d’enseignement général public – alors qu’un tiers de la population à moins de 25 ans, que ces jeunes sont les porteurs potentiels de projets de demain, que cette jeunesse représente un vivier de futurs entrepreneurs. Depuis la remise en cause du projet en mars dernier, Bagneux se mobilise.
Annie a dégagé plusieurs pistes d’écriture : imaginer une (vive) discussion sur cette injustice territoriale, rédiger une pétition ou un récit à plusieurs voix.
À suivre le récit imaginé par Jean-François.
Y arriverons-nous ?
– Mais j’en ai marre, on ne peut jamais s’exprimer dans ces réunions. Ça fait presque deux ans qu’on se réunit tous les mois et c’est toujours la même chose.
Dans une ambiance électrique, les récriminations diverses fusent de toutes parts.
– Il faut faire quelque chose. On n’avance pas.
– Faire quoi ? Dis-nous ce que tu veux qu’on fasse ?
– Un peu de silence. On ne s’entend pas. S’il vous plaît un peu de silence sinon on n’y arrivera pas.
Une femme d’une quarantaine d’années tente de ramener le calme au dessus d’un brouhaha perpétuel entretenu par cinq ou six personnes dans cette salle où une vingtaine est réunie.
– J’aimerais que tous s’expriment, que les gens qui n’ont pas parlé depuis le début disent ce qu’ils attendent de cette réunion et plus largement de nos travaux.
L’intervention ramène un peu de calme mais ne retient pas quelques remarques fugaces.
– On n’empêche personne de parler.
– S’ils ne disent rien, c’est qu’ils ont rien à dire.
– D’accord, je vous remercie mais on va quand même essayer de s’écouter. Qui veut dire quelque chose ? reprend la femme balayant l’assistance de son regard.
Après quelques secondes à se dévisager en silence, une réflexion jaillit.
– Bon si personne ne veut rien dire, je dis que tout le monde s’en fout. Plus de lycée alors ?
– Ça va pas. On n’a pas dit ça.
– Hop, hop ! Attention, si vous voulez bien, je vais distribuer un peu la parole. Voulez-vous bien nous donner votre avis ?
– Moi je crois qu’on devrait demander une chance pour l’égalité et…
– Qu’est-ce qu’il dit là ? On veut pas une chance…
– Mais vous allez le laisser parler…
– Si c’est pour dire n’importe quoi…
– Hop, hop ! Effectivement, écoutons les autres. Reprenez, s’il vous plaît !
– Je disais qu’on devrait réclamer une chance pour l’égalité. Nous devons saisir la presse et les différentes personnalités responsables.
– Oui mais comment ? On pourrait faire une grande manif avec des banderoles égalité pour tous et…
Ça s’agite de plus en plus. Les chaises grincent sur le sol.
– Encore des manifs pour se faire gazer et taper dessus ?
– Allons allons, j’entends bien l’idée d’une manif et de banderoles n’est pas partagée par toutes et tous. Mais le monsieur qui réclame l’égalité n’a pas fini, je crois.
– Mais c’est bon. Il a rien d’autre à dire.
– Attendez, attendez, reprend la quadragénaire qui tente de maintenir les impulsifs. Nous écoutons monsieur. Allez-y, monsieur.
– Je crois que nous devons tout mettre en œuvre pour saisir la presse et les responsables politiques qu’une population défavorisée voit ses chances d’égalité républicaine réduites si elle ne peut bénéficier d’un enseignement de qualité, et le lycée en est une des bases !
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