« La bonne photo »

Pour ce nouvel atelier OLÉ, Annie Lamiral, intervenante À Mots croisés, avait choisi une phrase anodine mais quelquefois porteuse de réels enjeux« Vous avez fait votre choix ? » 

Une phrase anodine mais quelquefois porteuse de réels enjeux. Un choix existe, est-on prêt à donner une réponse ? À quel moment la question devient-elle pression ? Le choix du quotidien, le choix qui engage, le choix qu’on évite, le choix des autres à notre place (acte chirurgical, etc.).

L’atelier a joué sur ce moment suspendu où l’autre attend votre réponse.

Premier temps d’écriture pour imaginer une situation du quotidien où votre personnage ne répond pas de suite à la question qui lui est posée :  « Vous avez fait votre choix ? » et faire parler sa voix intérieure.

À suivre le récit de Francine.  

La bonne photo

Un flash, deux, puis trois. En quelques secondes, j’ai souri, j’ai été sérieuse et j’ai donné mon profil droit, le meilleur, enfin pour moi. J’attends, assise sur le tabouret tournant, que la machine me donne, sur l’écran devant moi, les différentes photos. Les clichés apparaissent. Je n’ai que peu de temps pour faire mon choix. Quelques secondes pour faire un choix. Quelques secondes pour ne pas se tromper sur l’image de moi que je dois envoyer au journal pour sa publication. Quelques secondes qui peuvent changer mon avenir. Quelques secondes pour, peut-être retrouver ma famille. 

Depuis que j’ai quitté le pays de mon mari et celui-ci en même temps, ou plutôt que j’ai fui avec très peu d’affaires, je me suis réfugiée dans mon pays natal. J’ai été mariée de force à l’âge de treize ans et je n’ai plus eu de contact avec mes parents. Aujourd’hui, j’ai vingt-cinq ans et je suis perdue dans un pays que je ne connais plus, avec de vagues souvenirs de l’adresse où j’ai vécu mon enfance. 

Choisir la bonne photo, celle qui me représente le plus, celle où mes parents pourront voir les traits de leur enfant, qui discerneront une ressemblance avec eux. Celle qui leur donnera envie d’avoir de mes nouvelles et de me revoir en tant qu’adulte. Je sais, que pour eux, avoir quitté mon mari est un déshonneur. Mais j’espère que, depuis toutes ces années sans savoir ce que je devenais, ils ont évolué et qu’ils seront heureux de me retrouver. J’ai tant de choses à leur dire.

J’appuie sur celle avec le sourire. Comme si je leur envoyais ce sourire, comme un appel à me reconnaître, un appel à retrouver leur fille.

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