« Le temps passe, le souvenir reste »

Et si un cimetière devenait un lieu d’inspiration littéraire, un lieu pour poser des mots contre l’oubli ? C’était le fil conducteur d’un atelier d’écriture hors les murs où Annie Lamiral, intervenante À Mots croisés, a invité les participants à explorer la mémoire — individuelle et collective — au cœur même du Cimetière communal de Bagneux.

Après la visite guidée par la Conservatrice du lieu, Valérie Brégaud Belkassem, chacun a laissé surgir des histoires fictives ou ancrées dans le réel, l’histoire tragique de Jeanne Moyaux (lire les posts précédents), nourries par l’émotion du lieu, la puissance évocatrice d’épitaphes, de médaillons, d’objets.

À suivre le récit de Jean-François.

Le temps passe, le souvenir reste

 − Déjà trois ans que tu es parti, comme le temps passe. Quatre mois après ton départ, j’ai déménagé. Je suis partie dans une autre ville, une autre région. Je voulais que la vie soit plus forte et je pensais plus facile de démarrer une nouvelle étape dans un autre lieu, un autre environnement et pourquoi pas d’autres rencontres. Les premiers mois furent pesants : trier les affaires, les transmettre, les donner ou les jeter ; choisir de n’en garder qu’une infime partie afin d’alléger ce nouveau départ, décider de brûler ce qui ne trouvait pas preneur et que je ne pouvais me contenter de jeter. Tout ceci constitua une épreuve douloureuse et nécessaire. J’ai pu alléger ma malle, mais la peine resta lourde.

− Tiens, te voilà, je savais que tu ne m’avais pas oublié. Je t’ai vue boucler ta malle pour ce nouvel appartement au-dessus de la falaise avec vue sur la mer. Tu as voulu te construire une nouvelle vie, bien t’en as pris, le vent et l’air du large t’ont apporté plein de couleurs et te voilà en forme.

− Je ne sais pas ce que nous réserve la mort, je ne sais pas si je te trouverai dans l’au-delà, mais « je ne puis demeurer plus longtemps loin de toi ». J’ai aussi voulu poser cette épitaphe sur ta pierre. Je sais que ces bateaux, mais je voulais te dire que je ne t’oublie pas. 

− Tu sais, j’ai connu des épreuves semblables, je sais que le souvenir reste et que l’on s’interroge souvent sur ce qu’il y a après la mort. Eh bien c’est aussi une nouvelle étape, une porte sur une autre vie. Je n’ai ici retrouvé personne, mais un environnement paisible où règnent le calme, la sérénité, l’éternité. Tu as été pour moi un double, un miroir, un étai et je t’en suis reconnaissant de m’avoir accompagné dans ce monde, mais sache que tu n’as nul besoin de venir sur cette pierre pour t’épancher car je te vois dans ton quotidien et sens ce que tu ressens. Mais l’entretien de cette pierre restera un témoignage pour les badauds et visiteurs des morts venus priés pour le salut des âmes. 

− Voilà, il est temps que je quitte, ce fut un moment très fort ces minutes, ici, près de ce qu’il est convenu d’appeler ta dernière demeure, de ton repos éternel.

− Vas-y, le moment est venu de ton retour à ta nouvelle vie, profite bien. Les plaisirs ici sont différents et je te souhaite, quand le moment sera venu, de les connaître.

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