« Rêveries d’un promeneur dans le parc Richelieu »

Pour ce nouvel atelier, Annie Lamiral, intervenante À Mots croisés a choisi d’inviter les écrivants à une balade en silence, dans un espace familier : le Parc Richelieu de Bagneux.

Le silence devient ressource, l’écriture devient sensible. L’exercice n’est pas de chercher, mais d’attendre, d’avancer sans intention, de regarder, écouter, sentir, toucher, de s’arrêter, de cueillir un détail, un rien inattendu. Le parc devient un prétexte pour apprendre à s’arrêter. L’attention devient la tension de l’écriture : « Presque rien, et pourtant »

A suivre le récit imaginé par Laurent.

Rêveries d’un promeneur dans le parc Richelieu

« Majestueux platanes », se dit-il en observant les grands arbres bordant le chemin à l’entrée du parc Richelieu à Bagneux. Des arbres tricentenaires, avait-il lu dans un document du parc.

Le temps était à la pluie et l’atmosphère du jardin, presque vide et silencieux, était un peu triste. Une tristesse renforcée par les coassements de quelques corbeaux, entrecoupés par les cris frénétiques des perruches coréennes.

Le chant harmonieux d’un merle, qui lui parvenait de temps à autre sur fond de piaillements de moineaux, chassa l’impression de tristesse. Les grands arbres murmurant dans le vent lui procuraient un sentiment de solitude dont il ressentait profondément le besoin. Il voulait découvrir seul ce grand espace de nature en milieu urbain. En profiter seul.

Il passa devant la maison construite à l’époque du cardinal de Richelieu sur laquelle plane aujourd’hui le mystère d’oubliettes, de conférences secrètes autour du redoutable prélat… Un lieu historique pour nourrir les imaginations comme la sienne. 

Mais l’observation des iris plantés devant la maison l’éloigna des oubliettes et des conférences secrètes… Il se remémora les jardins de son enfance emplis de ces fleurs si délicates, représentées avec une précision et une poésie infinies par les peintres des estampes japonaises. La nature vue comme une œuvre d’art…

Au pied d’une souche d’arbre, son regard fut attiré par une curieuse plante qui poussait là, toute seule, au milieu des pissenlits. Beaucoup plus petite que la souche, engoncée dans une gangue de laquelle émergeaient quelques feuilles, elle lui rappelait… les fameux baobabs qui poussent à Madagascar, devenus emblème de la Grande Ile. 

Au fond du parc, il vit une masse informe montée sur un piédestal. En s’approchant, il reconnut une statue très abîmée : celle, apparemment, d’une jeune femme dénudée, emmaillotée dans un filet. Il avait lu qu’il s’agissait d’une statue du XVIIe siècle représentant Vénus, endommagée pendant la guerre de 1870. La dernière survivante de toute celles qui peuplaient le parc au moment de sa création. « Le temps qui passe, impitoyable, et emporte tout sur son passage », pensa-t-il, « les humains comme les œuvres d’art ». Ou comme ces feuilles délicates de marronnier couleur d’or sur lesquelles il avait failli marcher.

Un peu plus loin, il pénétra dans un espace ceinturé par un mur végétal, à l’écart du reste du parc. Un endroit calme et plaisant où il se serait bien assis s’il avait vu un banc. Il y admira une fontaine… arménienne célébrant le jumelage de Bagneux avec une ville locale. Et une très bizarre sculpture entourée de fleurs de trèfle au milieu desquelles il songea à se coucher pour se reposer… Mais non, il avait envie de continuer sa promenade pour découvrir la diversité des lieux. Diversité symbolisée par ce groupe de multiples fleurs, près d’un pied de ciguë : boutons d’or, pâquerettes, myosotis, trèfles…

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