« Ma solitude »

Pour ce nouvel atelier, Annie Lamiral, intervenante À Mots croisés a choisi d’inviter les écrivants à une balade en silence, dans un espace familier : le Parc Richelieu de Bagneux.

Le silence devient ressource, l’écriture devient sensible. L’exercice n’est pas de chercher, mais d’attendre, d’avancer sans intention, de regarder, écouter, sentir, toucher, de s’arrêter, de cueillir un détail, un rien inattendu. Le parc devient un prétexte pour apprendre à s’arrêter. L’attention devient la tension de l’écriture : « Presque rien, et pourtant »

A suivre le récit imaginé par Charlotte !

Ma solitude

– Eh ma solitude, tu m’amènes où aujourd’hui ?

– Au parc Richelieu. Tu vas voir comme il est beau, ce parc.

– Connais pas. J’imagine qu’il ressemble à tous les parcs, avec des bancs, des arbres et des fleurs.

– Certes ! Mais avec le printemps, les arbres sont en fleurs et les petits oiseaux chantent. Allez, viens, on y va !

Moi et ma solitude, nous nous rendons au parc.

– Tiens, une perruche écrasée, dis-je.

– La pauvre, morte, au milieu des feuilles, répond ma solitude.

– Encore une qui souffrait sans doute aussi d’isolement, dis-je.

– Viens, on continue à marcher. Regarde le banc au fond, il y a un couple de personnes âgées, ils se tiennent la main, c’est pas beau ça ? Amène-toi, on va leur dire bonjour !

Ma solitude presse le pas et me devance. Je la rattrape vite.

– Bonjour Madame, bonjour Monsieur. Alors, on voit que vous vous aimez. Ça fait combien de temps que vous êtes ensemble ? Demande ma solitude.

– 52 ans, répond le Monsieur. 52 ans de vie commune, avec des hauts et des bas, mais plutôt des hauts.

– Comme c’est beau, dis-je. Moi, ça fait 55 ans que je vis seul avec ma solitude. Aujourd’hui, elle a décidé de m’emmener dans ce parc. C’est beau de vous voir amoureux, j’aimerais pouvoir en dire autant !

Ma solitude se baisse, cueille une poignée de pâquerettes et les tend à la dame.

Puis, nous nous éloignons et marchons d’un pas ferme et décidé vers un banc libre. Nous nous asseyons et contemplons le paysage : arbres élégants, buissons jaunes devant la maison Richelieu, pâquerettes décorant la pelouse.

– Dis-moi, tu ne t’ennuies pas avec moi ? Je demande à ma solitude.

– Bien sûr que non ! Tu es toujours partant pour de nouvelles aventures. A nous deux, on fait la paire, répond ma solitude. Regarde, on est assis tous les deux sur un banc à contempler le paysage. Viens !

Ma solitude se lève du banc mais moi, je décide de rester assis. S’ensuit donc un dédoublement, une ombre qui marche et moi qui reste assis. Une femme s’assied à côté de moi, des petites fleurs jaunes dans les mains, et me salue d’un bonjour discret.

Je ne réponds pas, tout occupé que je suis à recoller mon ombre, ma solitude à moi, tout occupé que je suis à me restituer.

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