« Corso fleuri »

Pour la saison d’écriture 2026 – 2027, Annie Lamiral, intervenante À Mots croisés, a planifié un cycle d’écriture au Clos des Sources, Maison des Matrimoines et des Patrimoines, un petit musée axé sur l’histoire locale de Bagneux, mais aussi sur les femmes et les hommes qui ont façonné la ville, révélé l’identité balnéolaise dans sa diversité et sa pluralité.

Fin août, le premier atelier était consacré à « Ma ville, un jour de fête ». 

Après la visite guidée de l’expo temporaire proposée par Loïc Canitrot, le médiateur des lieux, Annie a invité le petit groupe d’écrivants à choisir une proposition d’écriture et à situer leur récit dans les années 60-70.

Émilie a donc imaginé un récit à partir de la proposition suivante :

Spectateur ou acteur

Votre personnage observe la fête. Il ou elle est en retrait – Trio timide, en deuil, malade, simplement fatigué. Que ressent-il ou elle ? Tristesse, aigreur, jalousie ? Moment de bascule : Un évènement va le faire devenir acteur de la fête.

Corso fleuri 

La fête bat son plein. La foule en liesse s’est amassée place de la République pour admirer les chars fleuris des Géants du Nord. Parmi la foule, Gisèle se tient là au milieu des autres spectateurs. Elle se dresse là, toute raide et droite. Elle se sent lasse, d’avoir tant aidé à coller les derniers détails du costume du grand Bacchus en papier mâché, la veille au soir. Exigeante envers elle-même, elle a donné de son temps et de son talent pour les décors multicolores de ce char de trois mètres de haut. Avec amertume, elle se demande si elle n’aurait pas mieux fait de s’entraîner toute l’année comme majorette. Au moins, elle aurait été là sur le devant de la scène. Les petites mains en coulisse qui s’affairent, personne ne les voit. Et pourtant, ce sont bien les familles de vignerons et d’ouvriers de Bagneux qui préparent cet événement avec ardeur chaque année ! 

Les bras accoudés à la barrière, Gisèle patiente pour voir sa création. Le défilé successif des danseurs folkloriques auvergnat, provençal et des Balkans lui paraît interminable. La fanfare, avec ses cuivres et ses tambours, lui semble trop assourdissante et fracassante. Quand soudain, débarque le cortège de la reine du Corso fleuri et de ses demoiselles d’honneur. Son amie Fabienne, qui fait partie des heureuses élues, lui crie : “Gisèle, viens nous rejoindre !”

Le visage de Gisèle s’illumine, ses yeux sont tout étonnés et tout écarquillés. On lui tend les bras pour monter sur le char, elle accourt aussitôt. Son regard change, plein d’allégresse. Debout sur le char, à côté de Fabienne, elle agite les bras en l’air, et ramasse des pétales de roses pour les jeter vers la foule. En retour on leur envoie des confettis et des serpentins. 

Quel bonheur d’être là, pour ce moment si convivial, festif et chaleureux ! La proposition de son amie lui a fait complètement oublier Bacchus. Elle le retrouvera le soir, pour préparer le dernier jour de fête de demain. Et ce soir, toute la famille et les voisins trinqueront un verre de vin du Clos des Brugnauts.

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Photos (C) Archives municipales de Bagneux

https://archives.bagneux92.fr/

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