Pour la saison d’écriture 2026 – 2027, Annie Lamiral, intervenante À Mots croisés, a planifié un cycle d’écriture au Clos des Sources, Maison des Matrimoines et des Patrimoines, un petit musée axé sur l’histoire locale de Bagneux, mais aussi sur les femmes et les hommes qui ont façonné la ville, révélé l’identité balnéolaise dans sa diversité et sa pluralité.
Fin août, le premier atelier était consacré à « Ma ville, un jour de fête ».
Après la visite guidée de l’expo temporaire proposée par Loïc Canitrot, le médiateur des lieux, Annie a invité le petit groupe d’écrivants à choisir une proposition d’écriture et à situer leur récit dans les années 60-70.
Carmen a choisi de raconter un souvenir d’enfance fictionnel.
Le bel été
Le Clos des Sources est, à mes yeux, une machine à remonter le temps. J’ai plaisir à y passer de long moments, histoire de baigner dans des tranches de vie balnéolaises. Cette visite aurait pu ressembler aux précédentes, si mon regard n’avait pas été attiré par des panneaux consacrés à l’événement de l’année de Bagneux, le célèbre « Carnaval des Vendanges », une rétrospective haute en couleurs.
Une fraction de seconde et je fus projetée vers mon enfance, vers mon premier Carnaval des Vendanges. Été 72, Henri Ravera était maire, j’avais dix ans, je venais d’emménager et j’attendais la rentrée scolaire.
En découvrant les affiches placardées un peu partout, j’eus vent des festivités à venir. Le programme semblait incroyable et je me devais de ne pas rater ce qui promettait d’être fantastique.
J’avais obtenu de mes parents la permission de participer à des activités amusantes et à ma portée, comme la course au trésor et le jeu des slogans.
Malgré toute ma bonne volonté, ce ne fut pas moi qui découvrit le trésor, mais l’excitation générale suffit à mon bonheur. Il y avait des sollicitations de toutes parts et pas suffisamment de temps pour tout découvrir.
Bagneux me semblait une ville tourbillonnante, et j’en avais le tournis. Moi, qui pensais vivre un été d’ennui et de solitude, j’étais comblée. Le Carnaval des Vendanges marqua aussi le début de mon indépendance, de mon autonomie et j’appris très vite à me déplacer dans ce Bagneux encore inconnu, il y a trois mois à peine.
Moi, la timide, l’effacée, la taiseuse, me sentais comme un poisson dans l’eau au milieu de tous ces gens venus faire la fête. En deux jours, la ville m’offrit le meilleur d’elle-même et j’avais hâte d’en savoir plus car je me sentais déjà appartenir à cette communauté. Ivre, dans le meilleur sens du terme, je ne perdis pas une miette des festivités de mon premier carnaval.
Si je ne me souviens plus très bien de tout, je garde néanmoins dans mon cœur le souvenir ému des défilés à travers les avenues joyeuses, des confettis qui se nichaient un peu partout, des flonflons des fanfares énergiques, des chars fleuris, des jeunes filles auréolées de gloire. Ce que je les ai trouvées magnifiques ces reines de beauté qui faisait rêver les jeunes gens.
En faisant ce voyage dans mon passé, je me sens un peu orpheline de cette époque faite d’insouciance et de joies simples. J’ai grandi, évolué, changé, les années ont filé en un clin d’œil. Comme j’aimerais encore ressentir tout ce que j’ai pu ressentir cet été-là, moi qui ne vais plus depuis des lustres aux fêtes.
Et si, l’occasion de retrouver ces instants heureux se présentait ? Si le destin me disait, vas-y, qu’attends-tu pour t’amuser à nouveau ?
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Photos (C) Archives municipales de Bagneux
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