Pour ce nouvel atelier OLÉ, Annie Lamiral, intervenante À Mots croisés, avait choisi une phrase anodine mais quelquefois porteuse de réels enjeux « Vous avez fait votre choix ? »
Une phrase anodine mais quelquefois porteuse de réels enjeux. Un choix existe, est-on prêt à donner une réponse ? À quel moment la question devient-elle pression ? Le choix du quotidien, le choix qui engage, le choix qu’on évite, le choix des autres à notre place (acte chirurgical, etc.).
L’atelier a joué sur ce moment suspendu où l’autre attend votre réponse.
Premier temps d’écriture pour imaginer une situation du quotidien où votre personnage ne répond pas de suite à la question qui lui est posée : « Vous avez fait votre choix ? » et faire parler sa voix intérieure.
À suivre le récit de Carmen.
Café allongé
« Mesdames et messieurs, nous voici arrivés au tournant de notre grande émission « Qui veut gagner des lampions ». Le moment que vous attendez tous, chers amis du public. Lequel ou laquelle d’entre vous va être tiré au sort pour participer à la question finale. Une brève coupure publicitaire pour connaître enfin l’heureux élu, le gagnant de cette édition spéciale de la rentrée. »
Au milieu d’un foule survoltée, Martin, se tordait les mains. Anxieux et nerveux au possible, il se demandait bien ce qu’il était venu chercher lors de ce tournage télévisé.
Une gloire éphémère, une somme d’argent facile, un moment d’excitation collective ? Les pubs s’enchaînaient ce qui laissait Martin reprendre un peu de calme intérieur. Et puis, rien n’indiquait qu’il allait être tiré au sort.
« Mesdames et messieurs, nous voilà de retour après cette courte interruption. Je sens le suspense à son comble, je ressens votre envie de savoir qui d’entre vous va pouvoir briller sous les projecteurs du studio 23. Ah mes amis, comme je vous sens impatients et sans plus attendre une minute supplémentaire, le grand gagnant est, est, MARTIN DOUBLEAU. »
Applaudissements nourris.
Sifflets approbateurs généreux.
Cris de joie et de liesse générale.
Mais qui est ce Martin que l’on attend voir se lever comme un diable bondissant de sa boîte ?
MARTIN, MARTIN, MARTIN.
On scande son nom, on tape du pied, on s’impatiente.
Enfin, le voilà. Debout, tandis que tous sont assis, Martin est aveuglé par les spotlights.
« Venez donc, cher ami, cueillir les lauriers de la gloire. MARTIN, Mesdames et Messieurs, je vous demande une ovation pour lui. Il a besoin de vos encouragements. Alors, Martin d’où vous venez ? »
Il déglutit avant de bafouiller sa réponse : Paris 12eme.
« Un Parisien, nous avons un Parisien. Heureux homme qui vit dans la ville lumière. Les présentations étant faites, place au jeu. Je vous en rappelle le principe, très simple le principe. Vous allez devoir choisir entre un chèque de 10 000 euros, là, maintenant, tout de suite. Ou bien, « LA SURPRISE « mais, sans garantie aucune.
Peut-être, aurez-vous un paquet de nouilles, un bon d’achat de dix euros, un fabuleux week-end à Châteauroux, une voiturette écologique, important l’écologie, électrique, ou alors si la chance est de votre côté, accrochez-vous cher Martin, un tour du monde en classe business. Hôtels 5 étoiles, all inclusive, plus la somme de 30 000 euros pour satisfaire vos envies les plus folles. Mais ce n’est pas tout, cerise sur le gâteau, vous allez pouvoir partager tout cela avec la personne de votre choix. Le plus dur pour vous sera de décider qui va vivre avec vous cette aventure hors norme ! »
Le présentateur vedette venait d’assommer Martin avec un flot de paroles ininterrompues. Ça lui arrive de respirer, pensait-il?
« Alors, Martin, j’attends, nous attendons tous, n’est-ce pas les amis, votre choix. Les 10 000 euros, sûrs, certains, tangibles, tout de suite ou « la surprise », bonne ou mauvaise. Et vous, très cher public, que feriez-vous si vous étiez à la place de Martin ?»
Dans la salle électrisée, chacun tentait d’influencer la prise de décision. On entendait hurler de partout, les 10 000 euros, LA SURPRISE, LA SURPRISE. Notre malheureux candidat avait toujours eu du mal à faire des choix. Il craignait de se tromper, de ne pas prendre la bonne direction, de décevoir l’autre. Si bien, qu’il avait fini par renoncer le plus souvent en lançant des phrases toutes faites comme c’est toi qui vois, fais comme tu le sens.
« MARTIN, MARTIN, MARTIN. Il faut réfléchir vite ou, sinon c’est tout qui vous échappe. Car, oui, vous ne disposez que deux minutes pour réagir. Faute de décision, nous prendrons un autre candidat à votre place. »
Zut, flûte, crotte. Le pauvre ne savait vraiment pas quoi faire. L’argent ou la surprise. La surprise ou l’argent.
« Allez, allez, allez, mais décide-toi une bonne fois pour toute. On ne va pas y passer la journée quand même. Tu ne vas pas hésiter 107 ans entre un café latté et un matcha macchiatto ! »
Invectivé, Martin leva la tête, visiblement perdu dans ses pensées.
« Heu, je n’en sais fichtre rien. Je vais prendre un allongé. »
« Tu es sérieux là ? Un quart d’heure de tergiversations pour finalement commander un café allongé. »
Il haussa seulement les épaules en guise de réponse ne trouvant rien à dire. Choisir trop difficile pour lui. Entre le noir et le blanc, il disait gris.
« Bah mon pauvre Martin, tu n’es pas prêt pour aller à « Qui veut gagner des lampions. »
Il eut un léger sourire en coin, non pensa-t-il, ce n’est pas pour moi.
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