Deuxième temps d’écriture de l’atelier conçu et animé par Annie Lamiral, intervenante À Mots croisés, autour d’une phrase anodine mais quelquefois porteuse de réels enjeux : « Vous avez fait votre choix ? ».
Pour Francine, il s’agissait d’ imaginer un récit à partir de « Ouvrir ou ne pas ouvrir ».
Bonne lecture !
L’enveloppe attendue
Ce matin, dans ma boîte aux lettres, de la publicité, mon magazine et plusieurs enveloppes. Il a eu du travail, aujourd’hui, le facteur, d’habitude, elle est plutôt vide. Je jette dans la corbeille du hall les publicités, mets mon magazine dans mon sac pour le lire tranquillement à la maison et regarde les enveloppes pour juger de leur importance. La première vient de la banque, sûrement mon relevé de compte du mois dernier. La deuxième envoyée par le syndic de l’immeuble, une mauvaise nouvelle, l’appel de fond du trimestre, encore de l’argent à donner. La troisième provenant de Suisse, celle que j’attends depuis plusieurs semaines, enfin plutôt la réponse qu’elle contient.
La réponse à une question qui me taraude depuis mon enfance et que mes parents n’ont jamais voulu éclaircir. Mais, je suis têtu et j’aime avoir des réponses à mes questions. Rester dans l’incertitude, ce n’est pas dans ma nature. J’ai besoin de connaître mes origines. Je suis châtain avec des yeux marron clair, mon frère plutôt brun et les yeux noirs, alors que nos parents sont tous les deux blonds, peau claire et yeux bleus pour l’un et yeux verts pour l’autre. Donc, à leur insu, j’ai récupéré des cheveux sur leurs brosses. J’ai soigneusement ensaché et étiqueté chaque touffe ; maman, papa, mon frère et moi. Insérer le tout dans une grande enveloppe avec le questionnaire et transmis à un laboratoire spécialisé situé en Suisse, puisqu’en France, ce n’est pas possible.
Ce matin, j’ai dans cette enveloppe blanche, d’une banalité déconcertante, la réponse à la question entêtante de ma vie. Tout excité, je monte quatre à quatre les marches qui me conduisent à mon appartement. Dans le salon, je jette mon sac et mon écharpe sur le canapé. L’enveloppe tourne et retourne dans mes mains, je vérifie mon nom, je relie mon adresse, c’est sûr, c’est bien pour moi. J’hésite à l’ouvrir. Une quantité de questions inondent mon esprit. Et si ce sont eux mes parents, comment m’excuser ? Et si ce n’est pas eux, comment leur parler de ce test ADN fait dans leur dos ? Et puis est-ce si grave de savoir si j’ai les mêmes gènes que mes parents ? Il y aura toujours plein d’amour entre nous. Et finalement, est-ce que je suis prêt à connaître cette vérité ?
Votre commentaire