Le regret nous rend-il meilleurs, ou nous empêche-t-il d’avancer ? Est-il une preuve de sagesse, ou une souffrance inutile, puisqu’on ne peut plus rien changer au passé ?
Après un temps de débat philosophique, Valentine Pardo @laphilosopheuse invite à l’écriture.
À suivre les récits d’Adélaïde.
Choix de vie
Calypso s’adosse, haletante contre le mur en briques. La ruelle est sombre et son propre souffle emplit ses oreilles. Alors que sa respiration se calme, alors qu’elle entend toujours les cavalcades dans la rue principale, elle remarque une silhouette en face d’elle, dans sa diagonale. La personne est toute en longueur, dégingandée. Ses vêtements amples cachent toutes ses formes, féminines ou masculines. Le visage baissé est caché par des cheveux mi-long sombres et filasses.
Calypso fixe la silhouette, méfiante. Ennemi ou ami ?
Une main blanchâtre se lève et éclaire un visage fin, en méplat, légèrement émacié grâce à la lumière d’un téléphone. Des yeux moqueurs la fixent, et un léger sourire la provoque.
– Alors qu’avez-vous fait pour vous retrouver là ?
– Ce que j’ai fait, s’offusque Calypso, je n’ai rien fait.
– Vraiment ?
Calypso fixe la silhouette. Que lui veut-elle ? Comment ça pourrait être sa faute ? Le sourire s’élargit.
– C’est toute la question non ? En quoi est-ce votre faute ? Vous aimeriez le savoir non ?
Calypso sent sa tête acquiescer avant de pouvoir se retenir. Aussitôt son environnement se floute. Elle se retrouve dans une petite pièce composée d’un bureau, de trois fauteuils et d’un divan. Elle-même y est allongée. Et à côté d’elle, la voix reprend.
– Explorons vos choix ensemble !
Cassandra
Une douleur pulsa dans la tête de Calypso. Une douleur que la lumière vint aviver.
Calypso referma aussitôt les paupières. Pour les rouvrir sur le champ. Depuis quand son salon était-il aussi grand et lumineux ? Depuis quand possédait-elle un canapé moelleux et non une table et deux chaises en plastique ? Chez qui était-elle ?
Calypso déploya ses jambes courbaturées, sentant avec étonnement un petit ventre qu’elle n’avait jamais possédé. Qu’on ne pouvait connaître qu’en mangeant à sa faim.
Elle laissa son regard errer dans la pièce et ce dernier s’accrocha à une série de cadres. Elle était présente dans la majorité des photos, bien portante et souriante. Elle ne reconnaissait pas la plupart des gens dans les cadres. Sauf ce visage-là. Elle remonta le couloir de photo jusqu’à ce jour précis. Elle se regarda adolescente, maigre et craintive à côté du sourire lumineux de Cassandra. Puis, sur une autre photo, elle pose avec la famille de Cassandra : son père, sa mère et ses deux frères. Ses années à la rue auraient-elles pu être effacées grâce à une bonne action ?
Calypso retourna s’asseoir sur le canapé. Était-elle vraiment chez elle ou bien chez Cassandra ? Elle se sentait flasque dans son corps. Où était passée sa nervosité ? Son énergie ? Le cœur de calypso s’emballait doucement. C’était une bonne chose non, cette vie ? Elle avait toujours rêvé de manger à sa faim.
Elle se leva d’un bond du canapé, explorant les pièces au pas de course. Plusieurs pièces, des couleurs vives en lieu et place d’un studio miteux. Alors que sa respiration s’accélèrait, Calypso se laissa glisser sur le sol dur. Ses battements de cœurs tambourinaient à ses oreilles alors qu’elle cherchait comment inspirer de l’air. Se calmer, elle devait se calmer.
Jouer avec un filet d’eau l’avait toujours aidé dans les moments de panique. Calypso plongea dans sa réserve de pouvoir pour chercher l’eau qui l’apaisait. Elle n’y trouva qu’un feu ronronnant.
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