Roman photo – Moments de vie

En feuilletant l’album photos de Carole, certains d’entre vous vont sûrement apprécier les petits détails de la vie quotidienne d’une autre époque ! Bonne lecture !

🔸Premier cliché

C’était le mois d’août. Les familles profitaient traditionnellement de cette période pour photographier leurs enfants. Monsieur Nisus, le seul photographe de Basse-Terre, photographiait à tour de bras, les familles de la ville. Ce jour-là mon père me hissa sur ses épaules, tandis que ma mère s’occupa de mon petit frère Philipe.

J’avais onze mois lorsque mes parents m’ont emmenée au studio. C’était mon premier cliché officiel et pour l’occasion ma mère m’avait endimanchée. Nourrie au lait Guigoz et à la farine Blédina, cette nourriture qui me profitait ; je réclamais mon biberon le matin au réveil avec gourmandise.

Mon père, d’ailleurs, m’a longtemps appelée « la grosse poupée », un surnom affectueux qui évoquait pour la famille mes rondeurs d’enfants. Ma mère m’habilla d’une petite robe en crochet qui laissait paraître mes jambes dodues.

Mes bottines blanches enveloppaient impeccablement mes chevilles et mes pieds. Ce n’était pourtant pas Noël, mais le large ruban jaune attaché à mes cheveux meme faisait ressembler à un paquet cadeau. Ma main gauche posée sur la chaise en osier me permettait de tenir en équilibre ; moi qui marchait à peine. Je crois que j’avais choisi d’avoir des dents avant de trotter pour savourer les délicieuses bananes.

Mes yeux fixaient l’objectif grâce à la ruse du photographe. Quand mon père fit couiner « Sophie la girafe », Monsieur Nisus me mit dans la boîte. C’était réussi. Aujourd’hui, lorsque je regarde ces yeux enfantins pétillants, je suis remplie de nostalgie…

🔸Les bras de mon père

Un dimanche après-midi, mon père nous installa, mon frère Philippe et moi, sur ses genoux.

Je devais avoir 6 ans et lui 4 ans et demi. Il portait une salopette rouge sur un tee-shirt blanc à manches courtes. Moi, une petite robe en jersey bleue à fleurs jaunes qui, découvrant mes jambes, laissait apparaitre très largement mes genoux. Ma mère m’avait coiffée de deux nattes stoppées par des élastiques bleus au bout. Mes chaussures se fermaient par des boucles sur les côtés.

Mon frère, lui, portait des petites sandales marrons ouvertes devant qui laissaient apparaître ses minis orteils.

Faute de photographe, c’est ma mère qui immortalisa ce moment. Papa nous tenait dans ses bras virils comme deux paquets de farine, non sans une apparente fierté ne se lise dans son regard. Je me sentais protégée par sa virilité et ses bras généreux enveloppants. Aux yeux de mon frère, je devinais qu’il appréciait aussi ce moment. En fin d’année 1980, mon père adressa cette photo à son neveu Marius qui vivait à Troyes dans l’Aube.

Aujourd’hui, avec le recul, je me dis que c’était une vraie photo de famille car, même si c’est ma mère qui tenait l’appareil Kodak, nous vivions ce tendre moment ensemble.

🔸Une photo de classe

Le photographe venait chaque année au mois de mars pour la photo de classe. Il nous rassemblait en trois rangées dans la cour de récréation, à l’ombre d’un arbre. Les plus grands derrière, les petits assis sur un banc devant, et les autres dans la rangée du milieu. J’aimais bien ce moment qui immortalisait mes camarades et notre professeur. Sans compter qu’on manquait, pour notre grand bonheur, l’heure de cours. 

Nous étions prévenus  de la date de passage du photographe dans le carnet de correspondance et de ce fait nous cherchions  à soigner notre apparence.

Pour cette occasion, certaines se maquillaient, d’autres soignaient leur coiffure, d’autres, parfois, portaient des habits neufs. Les garçons, eux, très peu nombreux en terminale A2, affichaient leur masculinité en se donnant des airs de cow boy.

Aujourd’hui encore, lorsque je regarde ma photo de classe de terminale, je me souviens de mon professeur de philo et je ressens toujours la même gratitude. Il avait une telle admiration pour Descartes qu’il insista sur tous ses textes.

Au final, au bac, nous avons disserté sur une de ses citations «  Ce n’est pas assez d’avoir l’esprit bon, mais le principal est de l’appliquer bien » et grâce à lui, j’ai obtenu une très bonne note à l’examen.

© Photo Carole Tigoki

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