Roman photo – Moments de vie


C’est aujourd’hui Annie qui nous invite à un voyage en images à travers le temps, des moments de vie quelquefois très précis et bouleversants. Quatre sont imaginaires, saurez-vous retrouver lesquels ? Bonne lecture !

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Cette petite fille toute joufflue de trois ans, c’est moi, assise en robe de chambre sur une table de nuit, près de mon lit à l’hôpital des Enfants Malades. Maman a pris cette photo pour la donner à Papa qui lui était à l’hôpital militaire Percy de Clamart. Tous les deux, on ne s’est pas vus pendant plus d’un an. Chacun de notre côté, on luttait contre la tuberculose ! Toute sa vie, Papa a gardé cette photo dans son portefeuille.

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Tu vois un peu comme je suis fière à califourchon sur mon petit vélo bleu canard. Je venais de l’avoir pour mes cinq ans ! Eh bien, quelques instants après, je pleurais à chaudes larmes. Jalouse de ma sonnette toute neuve et bien rutilante, ma sœur folle de rage s’était jetée sur le guidon et s’était mise à le griffer avec un stylo. Je constatais alors avec douleur que MON vélo… était avant…écarlate… et que c’était le sien ! 

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Tu la reconnais, Mamie ? Je suis là au premier rang avec mon tablier rouge vermillon avec un plastron souligné de croquet blanc. À côté de moi, c’est Annick M., morte vers ses trente ans. Devant, c’est Florence G. et Arlette L. . Elle est pharmacienne. Derrière moi, c’est Marie-Thérèse B. et Marie-Suzanne V., enfin pour nous, c’était Suzon ! Elle détestait qu’on l’appelle comme cela ! Là-bas, c’est Philippe F. , il a fait Polytechnique ! Chef d’une grande entreprise, il passe souvent à la télé ! Et, puis, je t’ennuie avec tous ces gens que tu ne connais pas ! Tu sais, c’est ma seule … et unique photo de classe, mes parents n’ayant pas les moyens d’en acheter une tous les ans…  vingt francs tout de même ! Elle est donc très précieuse pour moi et me rappelle toute mon enfance à La Ferté !

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Tu vois, cette dame avec moi, c’est Marie, l’amie d’enfance de ma mère. On est à la fête foraine. Toute l’après-midi, j’ai fait des tours de manège, elle m’a acheté un sachet de pralines et une pomme d’amour. Elle est morte le lendemain, des suites d’une longue maladie… A huit ans, je découvrais ce que mourir voulait dire.

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Là, c’est moi qui pose après le spectacle de danse de fin d’année.  J’avais décroché le rôle principal et rêvais d’entamer une formation de danseuse ! Mes parents n’étaient pas du même avis et ont refusé que ma prof me présente au concours du conservatoire ! Alors, à la rentrée, j’ai tout plaqué pour faire du judo !

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Aaaaaah, j’adoooore cette photo ! J’étais belle, j’étais jeune, j’étais mince. C’était au bar de la plage de Biscarrosse. Le soir, on carburait au Bloody Mary avec Jean-Marie. J’étais folle de lui et lui de moi ! 

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Tu imagines… la honte ! C’était au mariage de ma copine, Isabelle. Tu vois, il faisait un soleil magnifique. Les mariés étaient radieux. Tout allait bien, enfin presque. Jean-Marie, mon fiancé, n’est pas sur la photo car il avait raté le train pour Lyon. Quand il arrive deux heures plus tard et m’embrasse, je vois une énorme trace de rouge à lèvre sur sa chemise blanche ! Moi, qui ne porte aucun maquillage ! En rage, je lui hurle de me donner des explications ! Un lourd silence s’installe dans la salle de restaurant. Il est livide. Il reste planté, là, pendant d’éternelles secondes, puis se décide à quitter les lieux. On ne s’est jamais revus.

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Tu sais combien elle m’a coûté cette photo toute floue ! Cent trente cinq euros et retrait de quatre points sur le permis ! Tout ça parce que je suis passée au rouge… enfin, moi, je l’ai vu orange !

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Cette photo, je l’ai prise le vendredi 20 mars 2020 à 13.06 h, très exactement. Plus de douze heures déjà que mon thermomètre me narguait, m’obnubilait, me sidérait et persistait à afficher 41.6 C de température sur un écran illuminé de rouge. A ce moment-là, je ne savais plus trop si j’étais vivante. En tous cas, une chose était sûre, je voulais figer ce moment sur la pellicule, je pensais que je vivais mes derniers instants ! Ce satané virus me broyait, voulait ma mort. Je prenais un comprimé de Doliprane et me traînais jusqu’à mon lit. Tu comprends bien, ma petite chérie, que maintenant que je suis guérie, je veuille ranger mes affaires ! Je suis vraiment très contente d’être avec toi pour mettre de l’ordre dans mes photos !

– Dis, Mamie, tu vas pas mourir ?! 

– Plus tard, le plus tard possible, ma petite chérie ! 

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