« Charlotte à la rhubarbe »

Les photos retenues par Francine lui ont permis d’imaginer des fragments de vie d’une famille unie. Un récit rempli d’affection. Bonne lecture !

Charlotte à la rhubarbe

Aujourd’hui, j’ai beaucoup de travail. J’ai organisé un barbecue avec un de mes fils et sa famille, nous allons profiter de ce beau soleil d’été. Moi, Marie-Claude avec mes 69 ans ¾, je suis encore fringante. J’aime tripoter la terre, planter mes légumes, faire mes récoltes dans mon jardin qui est tiré  aux cordeaux. Souvent dans la semaine, j’invite des amis à déjeuner à la maison. Je leur mijote de bons petits plats, j’ai mes spécialités. Je crois que je suis une bonne cuisinière, il y a toujours des volontaires pour venir autour de ma table. Surtout quand je leur pâtisse ma fameuse tarte à la rhubarbe, je suis sûre qu’ils ne me laisseront pas une petite miette. C’est une recette secrète de famille, transmise de grand-mère à fille et petite-fille. Quand mes petits-enfants arrivent dans leurs voitures bruyantes, qu’ils font crisser les pneus, des dérapages dans les gravillons de l’allée, là, je ne suis pas contente. Ils le savent rapidement, je les rouspète, je leur donne des petites tapes derrière la tête. Ces sales véhicules me rappellent trop l’accident qu’a eu mon fils Mathieu. Les jours d’angoisse qui ont suivi. La convalescence et la rééducation douloureuse pour réapprendre à marcher.

J’aime aller chez ma grand-mère, elle me fait toujours des gâteaux. Bien sûr, c’est sa tarte à la rhubarbe dont je raffole. Elle me dit que je suis sa « petite chérie », sa « Charlotte à la rhubarbe » en me tendant un torchon pour essuyer ma bouche. Elle adore m’entendre chanter les refrains de mes idoles. J’ai souvent des paroles dans la tête. Quand j’entonne « Ça plane pour moi, ça plane pour moi, ça plane pour moi, moi, moi, moi, », elle chante avec moi en sautillant au milieu de la cuisine. J’attends, avec impatience, le jour du concours où m’a inscrite Mamie. J’ai hâte mais aussi le tract de passer sur scène devant tous ces inconnus, je ne viens d’avoir que 13 ans. Je serai la plus jeune du concours. Je suis un peu triste, mes parents m’ont annoncé que c’était mes dernières vacances d’été chez elle. Ils veulent que je fasse un séjour linguistique au pays de Shakespeare, pour améliorer mon anglais. Papa a voulu immortaliser ce jour, il nous a pris en photo devant le barbecue. Je déteste être prise en photo, pourtant il le sait.

Je suis fière de ma petite-fille, ma petite Charlotte à la rhubarbe. Elle passe au concours régional de chant à la salle polyvalente de Berck. C’est moi qui ai eu l’idée de la faire participer. Je ne raterai pour rien au monde cette soirée, malgré que je ne sois plus du soir. J’ai même demandé à tous mes amis de venir pour l’applaudir. Mon plus grand rêve, qu’elle gagne.

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Les Gens dans l’enveloppe, Isabelle Monnin avec Alex Beaupain


Editions JCLattès, Paris, 2015, EAN9782709649834

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