« Le barbecue du dimanche »

Danielle nous raconte l’histoire de Josette, des moments de vie tout simples, où nous croiserons aussi Raymonde, Robert et Guillaume. Bonne lecture !

Le barbecue du dimanche

Je m’appelle Josette,  j’ai 50 ans. Mon mari, Guillaume, qui est mort l’année dernière, avait promis de m’emmener en Italie, voir Venise et ses gondoles. J’en ai toujours rêvé. Mais il n’y aura pas de voyage en Italie : Guillaume était un peu menteur, mais là ce n’est pas de sa faute. A la place, j’irai cet été en pèlerinage à Lourdes, avec ma sœur Raymonde. Mais pour l’instant, je surveille le barbecue où cuisent deux poulets rôtis, dont j’adore le croustillant. Je les apporterai, ce soir, au pique-nique qui précédera la séance de cinéma en plein air organisée par Monsieur le Curé, le film de ce soir c’est « Don Camillo ». Robert, mon beau-frère, veut absolument faire une photo. Je râle un peu, car je n’ai même pas eu le temps d’aller chez le coiffeur, et en plus j’ai encore mon tablier !

Quand je regarde cette photo, je revois la mine réjouie de ma sœur Josette, surveillant les poulets en train de cuire à la broche au barbecue. C’était un beau dimanche de juillet. Nous parlions du film qui serait projeté le soir en plein air, « Don Camillo ». Drôle de choix de Monsieur le Curé. Et puis, nous allions mettre au point notre pèlerinage à Lourdes, un voyage qui ferait oublier à ma sœur l’Italie. Mais voilà, la vie en a décidé autrement. Josette nous a quittés brusquement en août. Alors plus de voyage à Lourdes. C’est Robert, mon mari, qui me sort de mes souvenirs :

« Raymonde, encore le nez dans ton album photo ? Tu te fais du mal à ressasser tes souvenirs ».

C’est vrai, je ferai mieux de reprendre mon crochet. Je ne pourrais plus offrir à ma sœur ces petits napperons dont elle garnissait le haut de son canapé. A qui vais-je l’offrir ? Certainement pas à ma fille, elle a le crochet en horreur ! En reposant l’album photo, une enveloppe tomba sur le tapis. Je reconnus l’écriture de Josette. Je retirai une petite carte ornée d’un cœur.

Au dos, Josette avait écrit : « Raymonde, ma grande sœur. 10 ans nous séparent, mais je t’ai toujours considérée comme ma petite sœur. Quand tu liras ce mot, je ne serai plus là, le cancer qui me mine m’aura fait rejoindre mon cher Guillaume. Ne sois pas triste, je t’aimerai toujours. »

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Les Gens dans l’enveloppe, Isabelle Monnin avec Alex Beaupain


Editions JCLattès, Paris, 2015, EAN9782709649834

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