« Elisa ou la vraie vie »

Anne a choisi de nous raconter l’histoire d’Elisa, une vie avec des hauts et des bas. Un récit touchant. Bonne lecture ! 

Elisa ou la vraie vie

Je m’appelle Elisa, j’ai eu dix ans, il y a presqu’une semaine. Cette année, je suis en cours moyen 2ème année à l’Ecole Edmond-Rostand. Après la classe, j’aime sortir avec Milou, mon chien adoré. Il n’y a que lui qui me comprend. Le week-end dernier, pour mon anniversaire, une grande partie de la famille était là. Ça m’a fait plaisir de revoir tata Liliane et tonton Michel. Bien sûr, on a tous pensé à mon cousin Laurent mais j’ai pu leur montrer ma nouvelle chorégraphie sur le  « Lundi au soleil ». Tout le monde a quand même bien rigolé, même papa. J’étais heureuse et même que cette fois-ci, ce dimanche-là, je n’ai pas eu cette boule au ventre que j’ai d’habitude quand s’approchent les six heures du soir. Je trouve ça merveilleux de pouvoir rendre heureux les gens ; plus tard c’est ce que je voudrais faire en chantant ou en dansant ; plus tard je voudrais quitter Orléans.

Sacré Elisa, elle nous en a fait voir à sa mère et à moi. J’avais oublié cette photo avec son pull rouge et jaune, celui que lui avait tricoté sa mère  pour ses dix ans .On s’en est fait du mauvais sang, avec ses rêves de princesse et de starlette : Madame je ne veux pas rester à Orléans, la vraie vie est à Paris… Et, puis, ces appels du commissariat en pleine nuit avec ses fugues à répétition. Et, puis, ce silence pendant 4 ans, c’est comme si on l’avait perdue pour toujours, comme mon neveu Laurent. Et je me souviens de cette lettre avec cette invitation à la première d’une comédie musicale avec tout plein de vedettes, je me souviens plus ce que c’était. Mais bon, la voiture était en panne ; on n’a pas pu monter à Paris. Et puis voilà que, l’autre jour, tu débarques et que, dans un grand sourire, tu m’annonces que j’allais être grand-père. 

« Papa, c’est moi, c’est Elisa. Je suis venue. C’est tata Liliane qui m’a prévenue même si tu ne voulais pas. J’ai eu du mal à reconnaître l’Hôpital de la Source. La dernière fois, c’était quand j’étais tombée à vélo le jour de mes 7 ans, tu te souviens. Papa, je sais que tu vas t’en sortir. Tu vas te battre contre ce maudit crabe. Papa, je sais que je ne vous ai pas facilité la vie et que longtemps, tu m’en as voulu de ne pas rester vivre près de vous, mais tu sais, papa, tu as toujours été dans mon cœur. Papa, je suis là, je ne te quitterai plus. »

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Les Gens dans l’enveloppe, Isabelle Monnin avec Alex Beaupain

Editions JCLattès, Paris, 2015, EAN9782709649834

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