Le récit de Francine autour de « L’absurde » semble des plus naturels : quoi de plus beau que de faire soi-même ! Alors, si absurde que cela ? En tous cas, bien amusant ! Bonne lecture !
Jour de marché
Après mon lever vers les 8 heures, je prends mon petit déjeuner d’un bol de thé earl grey, un sucre et un filet de lait. Mes tartines de pain de mie sautent du grill pain, toutes dorées. Du buffet je sors le pot de confiture de fraises, presque vide. Je vais en chercher un nouveau dans l’atelier en maronnant sur les enfants. Sur l’étagère à réserve, j’attrape le seul qui reste de l’année dernière. Je fais le tour du métier à tisser comme j’aime le faire avant une journée de travail chargée. Les bobines de soie sont déjà bien entamées, il faut envisager de préparer du fil pour terminer cette longue étole pour l’anniversaire de Linda, ma sœur. Le bac à vers à soie est vide aussi. Bon, il faut que je me prépare pour le marché.
Vérifions la liste ; deux belles courgettes, quatre tomates, une aubergine moyenne, 2 oignons et une tête d’ail. Hum, l’odeur de la ratatouille se rappelle à mon cerveau. Un bon kilo de brugnons blancs, je n’aime que cela. Une belle dorade pour le repas de dimanche midi avec les enfants, et enfin un bouquet de fleurs fraîches, c’est toujours agréable dans une maison. Je rajoute un kilo de vers à soie ainsi que trois livres de feuilles de mûrier blanc. Ne pas oublier les tranches de jambon à l’os pour mon sportif de mari qui les mange debout devant le réfrigérateur, en rentrant de ses séances. Une cagette de fraises pour la confiture. Peut-être, une livre de cerises pour mon plaisir personnel.
Il fait beau et il y a du monde ce matin sur le marché d’Anduze. Le maraîcher ou j’ai mes habitudes me vante ses légumes et ses fruits. Le charcutier connaît les exigences de Paul et tranche le jambon avec habilité. La fraîcheur des arrivages du poissonnier n’est plus à démontrer, ma dorade est brillante et ferme. Quant à mon bouquet de fleurs, il est magnifique et sera du plus bel effet dans le salon.
Je me dirige au fond du marché, où se fait la vente des vers à soie. Les vendeurs s’égosillent : « Ils sont de France, mes beaux vers », un autre «tout droit venu des Cévennes, ils étaient encore dans leurs mûriers hier après-midi », et de plus belle « ramassés aux lueurs du jour, il n’y a pas plus frais ». Je me dirige, au milieu des étals, dans le coin d’Ernest, mon éleveur favori et lui prends un bon kilo de vers. Je lui demande aussi environ 500 gr de feuilles de mûriers blancs. Ce n’est pas vraiment la saison, tout est cher. 35 euros le kilo de vers et 18,50 € les 250 gr de feuilles de mûrier. Je marchande un peu, je suis une cliente fidèle. Après négociation, il m’accorde une remise, plutôt un arrondi sur ma note.
Je rentre rapidement à la maison, les vers à soie sont fragiles et très sensibles à la chaleur. Arrivée, je les mets dans leur bac avec les feuilles fraîches. Maintenant, il faut qu’ils fassent leur travail. Quand les cocons seront fabriqués, je pourrais les dévider et tirer le fil de soie. Encore beaucoup de travail et de patience pour finir le foulard promis.
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