Nouvelle expérience pour les écrivants d’À Mots croisés avec jeux et impromptus ludiques, proposés par Véronique Devaux. « Des métiers et des mots » était un exercice d’écriture à partir du champ lexical lié à un métier d’hier. À suivre le récit imaginé par Anne.
Ferdinand
Ferdinand connaissait les rues du faubourg comme sa poche. Mais sa place attitrée préférée était le début de la rue Saint-Denis. Sa voix était connue de tout le quartier, des livreurs aux femmes de petites vertus qu’il appelait mes jolies. Il n’était pas plus épais que dix feuilles du journal qu’il vendait, mais sa voix puissante, légèrement nasillarde arrivait à couvrir en cette heure matinale, l’affluence de la rue. Ferdinand était dans le quartier depuis vingt ans.
Lorsque le printemps arrivait, on pouvait voir sur ses avant-bras quelques lettres tatouées, vestiges d’un passé carcéral. Il était tantôt l’oiseau de mauvais augure, tantôt l’annonciateur d’un mariage princier. Mais on racontait que certains soirs, au troquet de la rue Quincampoix, Ferdinand, aidé par le breuvage frelaté s’était laissé aller à des envolées poétiques, loin, bien loin de ces nouvelles au goût de fait divers et de catastrophe. Sa gibecière au cuir vieilli par tant d’années était tellement pleine au matin, que les vendeurs des Halles se demandaient comment Ferdinand arrivait à rester debout. Il restait l’indéfectible repère du quartier.
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