« Elle » suivi de « Quelle Nanna ! »

« Au fil de l’eau, au fil des mots ». Pour ce deuxième atelier hors les murs de la saison d’écriture, À Mots croisés a choisi d’aller sur l’eau pour créer un pont, une passerelle avec un nouveau lieu culturel parisien : la péniche littéraire NANNA, amarrée sur la Seine, port de Montebello au pied de Notre-Dame. https://nanna-paris.fr/

Après avoir écouté Hugo Buton, programmateur littéraire, présenter ce lieu, culturel et festif, Annie Lamiral, intervenante À Mots croisés, a invité le petit groupe d’écrivants à oublier le roulis et le tangage pour imaginer des histoires sur NANNA et ses livres. 

🔹Premier temps court d’écriture, imaginer qui est Nanna, un être, un personne imaginable, mythique, un animal, un lieu, un phénomène, etc. 

Elle

Tu ne te lasses pas de contempler Nanna. Tu aimes son calme qui confine à la langueur. Tu aimes tout autant sa force brute, son entêtement à sortir de son lit, à en caresser les bords. Tu aimes ses caprices, et aussi ces îlots éphémères qu’elle dessine en son sein. Tu aimes sa liberté. Tu aimes enfin comme elle ouvre grand ses bras, comme elle s’offre à l’océan, large et généreuse. Aujourd’hui, tu souffres de la voir exsangue, asséchée, presque agonisante, une pâle image d’elle-même. Elle, c’est ton fleuve, ta Loire.

🔹Deuxième temps d’écriture, écrire un texte bref commençant par :

« Aujourd’hui, Nanna m’a dit… »

Vas-y !

Aujourd’hui Nanna m’a dit d’oser :

« Vas-y, fonce-lui dans le lard !

Ose, fais-toi remarquer,

Danse un pogo sur le trottoir,

Pousse des cris !

Allez ! Vas-y,

Parle-lui ! »

🔹Troisième temps d’écriture plus long pendant lequel les écrivants doivent partir d’une situation tirée au hasard et placer les livres au cœur de leur récit.

Quelle Nanna !

Ambiance tamisée d’un soir de « speed-dating » littéraire au rez-de-Seine de la péniche. Le book-club bruisse de conversations pas encore enfiévrées. C’est le début de la soirée.

– Je vous trouve presque verte.

– Normal, ça tangue, non ?

– Oui. A moins que ce soit ce livre entre vos mains qui vous donne La nausée !

– Ou peut-être La première gorgée de bière, qui sait…

– En tout cas, cela fait ressortir la couleur de vos yeux.

– On ne me l’avait jamais dit. D’habitude on vante plutôt l’harmonie de mes vêtements, Le rouge et le noir, vous voyez ? La chaleur du rouge, la sobriété et la distinction du noir…

– Oui maintenant que vous le dites, effectivement. Mais je ne sais pas pourquoi, ce n’est pas ce que j’ai remarqué d’emblée.

– Parce que vous aimez l’étrangeté.

– J’avoue. D’ailleurs c’est pour cette raison que j’aime bien cet endroit, assez classique et pourtant… imperceptiblement instable, au bord de l’imaginaire, Un lieu incertain.

– Comme en partance vers un Autre-Monde.

– Oui tout-à-fait, un autre monde où tout serait inattendu. Comme par exemple boire un Bloody Mary avec une femme verte, rouge et noire qui n’a rien à envier aux nanas de Nicky.

– Ah je vois… Vous aimez les femmes girondes… Voire callipyges ?

– C’est vrai que je ne les hais point…

– Oh Rodrigue… Vous voulez jouer à l’Arrache-cœur avec moi…

– Pas du tout. J’ai toujours été attiré par les femmes plantureuses.

– Et vous avez été comblé ?

– J’en ai beaucoup rencontré sur la route. Dans tous les pays que j’ai traversés et dans toutes les villes où je me suis caché.

– Vous m’intriguez… Nous nous sommes peut-être croisés, votre tête ne m’est pas inconnue. Ne seriez-vous pas allé à Tataouine ?

– Absolument. J’ai même failli y clamser.

– Ah, mais oui, je me souviens maintenant. Vous vous appeliez…

– Rouge Brésil.

– Oui ! Venez, donnez-moi votre main, je vous emmène.

– Où ça au juste ?

– Pour un Voyage au bout de la nuit, Au cœur des ténèbres. Venez…

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