« Et pourtant, la porte s’ouvrait » suivi de « Pourquoi tant d’ignorance ?»

Le regret nous rend-il meilleurs, ou nous empêche-t-il d’avancer ? Est-il une preuve de sagesse, ou une souffrance inutile, puisqu’on ne peut plus rien changer au passé ?

Après un temps de débat philosophique, Valentine Pardo @laphilosopheuse invite à l’écriture.

À suivre les récits de Sandra.

Et pourtant, la porte s’ouvrait 

Oh, quelle surprise, que fais-tu dressé au seuil de ma porte ? Nous nous étions promis de ne faire aucun débordement affectif.

Ce combat est vain et regrettable. J’ai mis un temps colossal pour comprendre ce que tu me voulais. Au début, tout était limpide, entre nous. Maintenant, je désapprouve d’avoir été ta bouée de secours.

C’est bien la courbe descendante qui a marqué la fin de notre amitié. Si seulement les blessures pouvaient être réparables. Nous étions accrochés à notre sentiment de solitude.

Je me souviens avoir traversé de sombres nuages. Pourquoi ai-je brisé nos liens ? Ai-je fait le bon choix ? Ce choix équivaut à ne plus rien partager. Tu ne faisais que débiter des paroles offensantes. Nous avons pourtant grandi ensemble mais pris des directions différentes et incompatibles. Je me suis trompée sur tous les aspects de nos vies.

Tu es maintenant devant ma porte, en observatrice, comme pour vérifier tous les changements opérés de ma vie. Non, aujourd’hui je ne t’accueille plus, je n’ai plus d’amertume. Je n’ai plus ce sentiment d’être à la merci de tes constatations. Non, juste un sentiment de retrouver une dignité méritée. 

La fin de notre histoire est salvatrice. Tes jugements ne sont plus que l’ombre de mon passé. Et me voilà, vivre dans mon présent.

Pourquoi tant d’ignorance ?

Je pensais que tu aimais tant la cuisine du dimanche midi pour nos retrouvailles. Je m’en remettais à toi pour te raconter mes mésaventures. Tant de choses nous soudaient.

Que t’arrive-t-il ? Pourquoi, à force de constater, que nous sommes si éloignées en pensées ? Tous ces silences qui pèsent nos conversations, à présent. Nous étions si proches, où sont passés nos après-midis « éclats de rire » ? Pourquoi tant de silences sourds ont remplacé nos bruissements de paroles ? Je voyais en toi, comme dans un livre ouvert, qui peu à peu, à laisser place à l’abandon. Je porte toujours ton patrimoine mais je vois bien que tu ne me considères plus.

Soit, çà et là, nous n’avons plus de différends, nous sommes comme deux étrangères. L’une face à l’autre, nos vies sont désormais éteintes.

Je ne te reconnais plus, et mes tracas sont pour toi, telle une froideur sans étiquetage.

Pourtant, il y a eu le moment de mes premiers pas et de mes premiers mots où tu m’apprenais déjà à parler distinctement. Le lien était là et nous unissait comme une preuve d’éternité.Et puis vinrent nos disputes incessantes sur nos divergences de points de vue. Ceci n’est plus…

Plus de réprimandes mais le mépris du néant, plus de vie ancrée en nous, au profit du vide à l’encontre de nos vies passées. Rien, juste le néant de nos propos et le bruit qui nous entoure. De fil en aiguille, plus rien, juste des soupirs en sourdine.

Nous sommes tant opposées et similaires, mais les masques sont toujours là. Nos présences sont devenues oppressantes. Quelle incommodité. Rien de méprisable, pourtant je ne tenais plus à déclarer les hostilités et maintenant quelle vacuité lourde à porter. Pourtant tout semble m’incomber : nos querelles qui étaient devenues nécessaires pour nous relier. Nos insaisissables préoccupations pleines de contrariété. Puis vint la retenue. Dans le fond, nous avions confronté nos différences.

Maintenant nous avons cherché à trouver la paix. Cette paix qui a remplacé nos mots. Plus rien, il est déjà trop tard…

Si seulement, si…

Si au moins…

Un amour prématuré qui se termine ainsi.

Mère, si tu savais, ma mémoire d’aimante est gravée tendrement pour toi.

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