« Une étrange fièvre »

Canicule oblige… C’est un moment de l’été 2003 avec 45°c à l’ombre que Kawtar, écrivante d’A Mots croisés, partage avec nous ! Une histoire bien mystérieuse qui risque de vous donner un coup de chaud ! 

Une étrange fièvre

Chacun de mes pas collait à l’asphalte parisien, le goudron; le chewing-gum charbonneux s’accrochait à mes semelles. En ignorant les températures vertigineuses, cet été 2003 était particulièrement commun et ennuyeux. Mes amis qui profitaient habituellement des artères vides de Paris, suffocant, avaient fuit la capitale et préféré se rendre chez amis ou parents éloignés, pour prendre l’air.

Ce jour, le thermomètre affichait 45°c à l’ombre, suant à grosses gouttes, je limitais mes déplacement au strict minimum durant la journée. J’étais dans une mauvaise passe, je venais de perdre mon emploi et je me contentais d’une minuscule chambre de bonne coincée sous les toits brûlants de la ville. A force de me retrouver seule avec moi-même dans cette torpeur, je sentais une étrange fièvre gronder en moi, un moteur ronronnant d’ambition.

Un soir, je décidais de sortir pour une balade nocturne aux abords de la Seine. Après avoir parcouru quelques kilomètres, la gorge sèche je m’arrêtais dans le premier troquet rencontré, illusion d’une oasis :  « L’Impérial ». Cette soirée fut sans doute le point de départ de mon errance d’usurpatrice. La fournaise ambiante fit sortir le diable tapis aux tréfonds de mon être. Ce soir-là, accoudée au vieux zinc du bar, je répondis à la question d’un habitué sur le ton de l’humour

Je suis chirurgienne.

Prise au sérieux, ce mensonge en amenant un autre, en quelques heures ma cour s’enrichit de tous les assoiffés et les âmes seules de l’établissement. A coup de verres offerts, je m’efforçais de ne pas trop en faire pour ne pas être démasquée.

Après le frisson de cette soirée, je recommençais encore et encore. Je devins dentiste, actrice, commerçante, paysagiste, propriétaire de chenil… Je m’amusais beaucoup à ces jeux de rôles. Je passais mes journées à préparer mes personnages et mes nuits à les jouer. Après l’Impérial, j’eus l’audace de tester mon talent aux terrasses de brasseries, de cafés prestigieux, puis d’hôtels particuliers et de soirées mondaines.

Je tourbillonnais, j’exultais, je vivais les passions les plus ardentes et acceptais les propositions les plus torrides. Je me noyais dans la lave de vieux érudits, je croisais le regard incendiaire de conquêtes jalouses. Je commençais à avoir un réseau de connaissances, dorénavant quand je montais sur scène, mon seul rôle était celui d’une mystérieuse mondaine aux multiples activités. Cet été fut un feu d’artifice fait de leurres, de rencontres éphémères, de crus des plus belles années. J’étais saoule de ce don que je ne soupçonnais pas, être ce que l’autre veut voir.

Un soir, repue de mon festin, pleine d’histoires, je rentrais chez moi comme Cendrillon dans sa chaumière. Au dernier étage, j’ouvris la vieille porte de l’appartement, il devait être 2 h 30 du matin passé. Je me retrouvais face à face avec un individu assis sur une chaise au milieu de la pièce. Mon cœur s’arrêta de battre, mon sang bouillonnait, mes jambes tremblantes s’enracinèrent dans le sol. La personne immobile se tourna vers moi, je vis deux billes grises me fixer. Ce même regard anthracite, dans lequel je lirais la fierté et la bienveillance quelques années plus tard.

Suite à cette rencontre, ma vie prit un tournant incroyable. Aujourd’hui je passe ma vie dans les pays les dangereux du monde, je suis formée et surentraînée, je suis une as des arts martiaux. Je manie des armes lourdes, AK47, lance-roquette, javeline… 

J’ai été engagée au sein une organisation gouvernementale de renseignements. Je vous demande de me croire car je ne pourrais plus jamais revenir, j’ai changé d’identité et, si par le plus grand des hasards, je vous croisais au détour d’une ville en feu et sous les bombes, vous ne me reconnaîtriez pas.

Croyez-le ou non, je prends l’apparence de n’importe qui. Je suis la femme qui vous laisse sa place dans le bus, l’infirmière à domicile, l’interprète, la géologue, la sans-domicile fixe au coin de la rue, la voisine attentionnée ou même la femme assise sur un banc qui rêve sa vie.

2 commentaires sur “« Une étrange fièvre »

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