« Partir en vacances »


Aujourd’hui, c’est avec grand plaisir que nous partageons le récit de Carmen, passionnée de mots. Avec elle, nous vous invitons à… « Partir en vacances » ! Bonne lecture !

Partir en vacances

L’air, chaud et lourd, rendait les corps moites, collants de sueur. Moi, j’avais le cœur qui suait de peine. 

Cachée derrière l’immense séquoia de ma cité, face au cinéma municipal, j’observais le théâtre du bonheur où je ne prenais pas part à la pièce. A l’abri des regards, je reluquais avec envie, le bus affrété pour un départ imminent. Direction le centre de vacances municipal. Ses flancs alourdis de valises, il ronronnait tel un énorme chat. Un joyeux brouhaha montait en ce début de soirée. Des rires, des larmes et des baisers claquaient joyeusement, entre parents et enfants.

Puis, vint le moment douloureux, où dans un bel élan, l’autocar prit la route fleurie. Je restais encore quelques instants. Peut-être ferait-il demi tour pour revenir me chercher. Non, ce n’était pas encore pour cette fois-ci.

La nuit prenant la place occupée jusque là par le jour, je rentrais cacher mes larmes sous les draps. C’était ainsi chaque année. Ils partaient et je restais. La ville se vidait de sa bruyante jeunesse, s’offrant un peu de repos estival et des rues mortes de silence. Encore un été en demi-teinte.

Alors, pour une fois, il me fallait trouver une occupation, un objectif à atteindre. De quoi tenir bon cette saison désolante de solitude. Une petite annonce épinglée sur un arbre, m’apporta une aide inespérée. « Perdu  Jimmy, chat noir et blanc. Forte récompense. » puis une adresse pour rapporter le félin fugueur.

Ni une ni deux, me voilà reconvertie détective privée, promettant, ô promesse malheureuse, de ramener minet à la maison.

J’avais un enthousiasme à faire pâlir de jalousie les plus grands conquérants de ce monde. Alors, le cœur en bandoulière, j’entrepris avec vaillance les recherches. J’arpentais toutes les rues, sonnant aux pavillons, questionnant avec patience les personnes croisées sur mon chemin.

Mais, au bout de quelques semaines, il fallut me rendre à l’évidence. J’avais fait chou blanc, échoué lamentablement là où je m’étais promis de réussir. Ce fut la tête basse et la mine défaite que j’allais reconnaître le fracas retentissant de mon échec. 

J’allais voir le propriétaire pour prendre des nouvelles de son chat perdu.

A ma grande surprise, je fus reçue par un grand sourire. Dans ses bras, Samy avait remplacé Jimmy l’évaporé. L’un avait chassé l’autre. Et surtout, un cadeau m’attendait. Un paquet fort joliment emballé renfermait un foulard indien des plus colorés. Remerciements de mes efforts, certes infructueux, mais néanmoins acharnés. Je repartis l’âme plus légère qu’en arrivant.

Cette année-là, j’appris une belle leçon. Peu importe là où l’on va, le voyage est parfois juste au bout de sa rue.

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