Quelle aventure !

Notre défi d’écriture de l’été a également séduit Annie, écrivante d’A Mots croisés. Elle a choisi de raconter un souvenir de jeunesse qui l’a durablement marquée. Un récit à rebondissements inattendus et pour le moins, riche en émotions.

Vous êtes prêt pour un voyage dans le temps et sous d’autres latitudes ? Alors… Bonne lecture !

Quelle aventure !

C’était l’été de mes douze ans.

La distribution des prix venait de clôturer mon année de CM2. Elle marquait aussi la fin de l’école primaire et mon entrée prochaine au collège. Heureuse et quelque peu fière d’avoir raflé le prix d’excellence, je me réjouissais des vacances. Je savais que cette pile de livres allait me transporter dans des mondes imaginaires, fantastiques, inconnus. Certes, je n’irai pas comme mes camarades à la mer ou à la montagne, mais, des voyages mille fois plus intéressants m’attendaient à chaque page. 

C’est ainsi que l’après-midi, après avoir aidé ma mère à ranger la cuisine, je filais au fond du jardin avec l’un de mes nouveaux livres et m’asseyais pour lire à l’ombre du cerisier. Le livre dont je vais vous parler aujourd’hui a marqué non seulement l’été de mes douze ans, mais TOUTE ma vie ! 

Un livre très épais, un peu plus petit qu’un cahier d’écolier. Qui sent bon la colle. En fait, il s’en dégage une combinaison de senteurs : amande amère, vanille avec une petite touche de caramel. Sa couverture est rigide, rouge grenat en simili cuir. Ses pages sont aussi fines que celles de mon missel. Aucune illustration. Une tranche dorée. Le titre s’étale en lettres d’or : « Les Aventures du Capitaine Cook ». Je suis soudain envahie d’un sentiment étrange et ne peux m’empêcher de penser qu’un récit d’aventures, sans doute une histoire de capes et d’épées, c’est plus pour les garçons ! Bizarre. Étrange. Pourquoi mon institutrice, Madame Bordure, a-t-elle choisi ce livre pour moi ? Je réfléchis à le mettre de côté. A le reposer dans ma chambre. A le ranger sur mon étagère. A le donner… plus tard. Quand ? A qui ? Comme je ne trouve pas de réponses satisfaisantes à toutes ces questions, je me décide à l’ouvrir.

Dès les premières pages, me voilà happée par le « HMS Resolution », un trois-mâts, qui quitte le port de Plymouth et part en expédition vers le Pacifique. A son bord, le capitaine de vaisseau, James Cook, et 117 hommes. Je remonte le temps. Nous sommes le 12 juillet 1776. En novembre, Cook fait escale au Cap. Décembre, le navire mouille aux îles Kerguelen. Au fil du récit, le capitaine et son équipage affrontent des icebergs, des tempêtes. Ils résistent et poursuivent leur chemin malgré les dangers, les imprévus, les maladies. Pour l’explorateur, aucune raison d’avoir peur ! Surtout quand des matelots racontent que leur filet de pêche risque de réveiller un poulpe géant qui pourrait entraîner le bateau dans les profondeurs de l’océan ! Je suis fascinée. Passionnée. J’avale les chapitres les uns après les autres. Tous ces rebondissements me tiennent en haleine. Après mille péripéties, Cook débarque sur une île, y rencontre des arborigènes, découvre leur culture. 

« C’est l’heure d’arroser le potager ! » crie ma mère de la fenêtre de cuisine.

« Encore trois pages et j’ai fini mon chapitre ! Maman, s’il te plaît ! »

Inutile de vous dire qu’après dîner, j’ai vite repris ma lecture. Direction la Nouvelle-Zélande, Tahiti, les îles Sandwich… Hawaï. James Cook y meurt. Poignardé, suite à une altercation avec des indigènes. Une fin tragique. Je referme mon livre et m’endors. Cette nuit-là, les mots de Cook résonnent dans ma tête, lui qui écrivait qu’il voulait aller «  … non seulement plus loin qu’aucun homme n’est allé avant moi, mais aussi loin que je crois possible à un homme d’aller. » Je sentais déjà que la vie de cet explorateur britannique allait influencer la mienne. 

De ce jour-là, j’avais éperdument soif de voyages, de découvertes, d’apprentissages. Je voulais apprendre l’anglais (entre autres). Je voulais aller toujours plus loin, à la rencontre de l’inconnu, échanger avec lui. Toute ma vie, je n’ai eu de cesse de faire face aux difficultés, de les surmonter, de toujours garder espoir. J’ai ainsi pu séjourner chez des ami.e.s dans une bonne cinquantaine de pays de par le monde. Je me suis même expatriée, pendant une trentaine d’années. 

Et…

Il y a trois ans, je suis allée sur l’île de Bruny au large de la Tasmanie. J’en rêvais depuis ce fameux été de mes douze ans ! Émue, j’ai versé une larme sur la plage de Adventure Bay. Un lieu merveilleux, désert et ordinaire, aux antipodes de Paris, à plus de 17.000 kilomètres d’ici ! C’est là que le capitaine Cook a débarqué, le 26 janvier 1777. Je marchais sur ses pas. Pour de vrai.

Postface

Il y a … une cerise sur le gâteau ! 

Toute ma vie, je n’ai eu de cesse de rêver aux terres australes et d’en parler autour de moi. Quand ma fille eut seize ans, je l’ai envoyée séjourner, trois mois, chez une famille de Melbourne pour perfectionner son anglais. Elle en est revenue certes, mais tout en rêvant – elle aussi – qu’un jour… elle repartirait en Australie… pour toujours !

Depuis cet été, soit cinquante-quatre ans après ma lecture, c’est chose faite ! Ma fille a émigré à Brisbane avec sa famille… Bien sûr, je l’y retrouverai pour des vacances … ou peut-être plus…

Sacré James, s’il savait !

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