« Les grandes Vacances »

C’est aujourd’hui Carmen qui va partager avec vous un souvenir d’été très récent qui en fait remonter d’autres, plus lointains. Bonne lecture ! 

Les grandes Vacances

Fin août 2022. Bientôt, le séjour à Royan ne sera plus qu’un lointain souvenir. L’été va se faire doucement la malle. Ses valises sont prêtes pour partir à l’autre bout de la terre. L’automne nous attend au tournant. L’autoroute est un long ruban gris, parsemé de milliers de véhicules sur la route du retour. La transhumance saisonnière s’achève dans les gaz d’échappements, les appels de phares et de klaxons pour les plus pressés d’en finir.

Gloutonne, ma voiture avale les kilomètres qui me ramène chez moi. Mon chauffeur veille à la sécurité de ses passagers. Quant à moi, bercée par le doux ronron du moteur, je somnole peu à peu. Dans la tiédeur du soir qui tombe, je me laisse gagner par des souvenirs d’enfance.

Début août 1972. Même route mais en sens inverse à celui d’aujourd’hui. J’ai 10 ans et quelques semaines, et je pars en vacances. Jusque-là c’est d’une grande banalité pour un été classique. Mais si partir est naturel pour beaucoup de personnes en cette période, pour moi et ma famille, il en est tout autrement. Dans cette voiture, où nous entassions, entre valises et sacs mal fermés car, pour la toute première fois, allions en vacances. J’avais le cœur battant sur ce trajet qui m’amenait sous un autre ciel que celui qui est le mien depuis toujours.

Partir pour la première fois en vacances, un peu comme tout le monde, laisse dans le cœur un souvenir indélébile. Un tatouage mémoriel dans l’âme.

Je ne savais rien sur ce qui allait se passer durant cette semaine programmée par mon père. Pour en minimiser le coup, le camping eut les faveurs de mes parents. Quel séjour extraordinaire nous attendait une fois arrivés. J’imaginais mille et une péripéties, mille et une aventures à vivre, tout ça pour ne pas perdre une seule seconde de bonheur. Le ton monte dans la DS, le voyage devient long et fatiguant. Le temps semble interminable lorsque l’on n’a pas l’habitude de traverser la France. Moi, je ne disais rien. La mer était au bout de la route. Ce serait ma récompense pour avoir tant patienté en silence.

Mais voilà tout ne se passe pas toujours comme prévu dans la vie, un pneu ayant décidé d’éclater à cinquante kilomètres de notre destination finale. A 19 heures, tout est fermé dans le petit coin de France profonde que nous étions en train de traverser. Que faire quand tout est fermé et que l’on ne peut plus avancer et qu’il n’y a pas de roue de secours dans la voiture ? Et bien, c’est celle-ci qui se transforme en chambre d’hôtel improvisée. La joie d’être arrivé est douchée par des embûches -somme toute assez banales – mais qui prirent une dimension gigantesque. Six personnes entassées dans un véhicule ne constituent pas un début de vacances rêvé. Les larmes coulent sur mon visage défait par l’immense déception qui est la mienne.

Au petit matin, le soleil donnait déjà très fort. Le garagiste du village ouvrit et nous dépanna avec rapidité et gentillesse devant le triste spectacle que nous offrions. Nous avions plus l’air de naufragés échoués que de vacanciers en route pour le Paradis. Ma mère faisait preuve d’une humeur massacrante et mon père usait de son flegme habituel face aux évènements indépendants de sa volonté.

Moins d’une heure plus tard, le camping du Bois-Roland nous accueillait. A l’instar de mes frères et sœurs, j’étais fatiguée et affamée. Mais pour rien au monde, j’allais m’en plaindre. Ici tout était nouveau et tout était à découvrir. Un univers inconnu que j’allais explorer… une fois la tente orange montée, la table et les chaises installés, les bagages rangés et les courses urgentes faites. Durant cette unique semaine, j’en pris plein le cœur et les yeux, savourant chaque instant de sauvage liberté.

Cette histoire paraîtra banale et sans grand intérêt pour ceux et celles qui la liront. Et pourtant, essayez de vous souvenir de vos toutes premières vacances. Essayez de faire remonter en vous ces sentiments curieux mêlés de joies et de craintes. Qu‘elle n’a pas été votre émotion, cet été là.

Le camping n’existe plus. Mais il me suffit de me laisser aller au vague à l’âme pour revoir mes parents devant notre modeste toile de tente. De revoir les ballons et les raquettes de nos jeux enfantins. De me revoir avec l’insouciance de mes 10 ans et toutes les vacances devant moi.

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