« Histoires d’objets : Drôle de nom »

Nouvelle histoire d’objet signée Aurélie. Un brin de douceur, de poésie autour d’un bel objet que nous vous laissons découvrir ! Bonne lecture ! 

« Histoires d’objets : Drôle de nom » par Aurélie

C’est un objet long et gris, un tube d’une trentaine de centimètres. Il est traversé par un autre tube transparent dans lequel il y a un liquide un peu épais, lui-même transparent. Dans ce liquide, il y a des pastilles, des billes, toutes plus colorées les unes que les autres. Il ressemble à une sorte de longue-vue, on peut regarder à travers. Quand on regarde à l’intérieur, il faut le faire pivoter de haut en bas, on y voit des formes changeantes qui produisent un effet psychédélique. Ce drôle d’objet, je l’apprendrai plus tard, c’est un kaléidoscope. Un drôle de nom pour un drôle d’objet, ça a du sens.

Je n’ai plus accès à cet objet que je retrouvais quand j’allais chez mes grands-parents. Si je me souviens bien, il était posé devant les fenêtres du salon, derrière les rideaux, pas très loin du vieux vélo d’appartement rouillé. Il fallait se glisser derrière ces vieux rideaux ajourés, jaunis par le temps, pour le trouver. Nous n’avions pas tellement le droit de nous y aventurer, mais ma sœur et moi prenions un malin plaisir à désobéir. Nous le réclamions toujours. Notre grand-père nous le donnait et nous devions y faire très attention pour ne pas le casser. Nous nous le passions, assises par terre sur la moquette rouge bordeaux.

C’est mon tour. Je porte l’objet à mon œil gauche, en le tenant à deux mains, la droite posée au début de l’objet, la gauche un peu plus loin. Je ferme l’œil droit. J’observe les drôles de formes se faire et se défaire, rapidement au début, puis beaucoup plus lentement au fur et à mesure que le liquide se déverse de l’autre côté du tube. Toutes ces couleurs, toutes ces formes, elles ne ressemblent à rien, mais elles m’apaisent, m’envoûtent presque. Je ne pense plus à rien, je n’entends plus ce qu’il se passe autour de moi – ni ma sœur qui s’impatiente, ni ma grand-mère qui s’affaire dans la cuisine, ni mon père qui ouvre la porte du balcon pour aller fumer. Je suis seule, aspirée par toutes ses images, admirant l’intensité du mouvement des combinaisons que forment les fragments colorés.

Aujourd’hui encore, je ne comprends pas bien ce que nous lui trouvions à cet objet. Il ne faisait aucun bruit, aucune lumière, mais il provoquait la tranquillité. Ce doit être ça, le calme, qui me plaisait.

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