Nouvelle expérience d’écriture pour les écrivants d’À Mots croisés avec jeux et impromptus ludiques, proposés par Véronique Devaux. « Des métiers et des mots » était un exercice d’écriture à partir du champ lexical lié à un métier d’hier. À suivre le récit imaginé par Amina.
Écorché vif
Monsieur Pic habitait un logement modeste situé à l’orée du village, près du champ où les mulots en quête d’un logis se reposaient la nuit sur le râteau à couchette. Chaque jour, il se levait aux aurores. Les oiseaux apercevaient de loin sa silhouette fine comme une lame de rasoir déambuler dans les rues. Son nez crochu évoquait celui des sorcières, et ses yeux luisants réfléchissaient la lumière de manière étrange. À lui seul, il faisait fuir des nuées de petits insectes et autres nuisibles, et il aurait fait un excellent épouvantail s’il avait été inanimé. Son ombre s’allongeait sur la route, accentuant son aspect de haricot géant. C’était un être esseulé qui chérissait sa solitude depuis ce jour où il avait perdu dans un accident tout ce qui le retenait à la vie : femme, enfants, parents.
Depuis, les animaux connaissaient bien son rituel : d’un pas mécanique, il se rendait dans son atelier, se baissait pour ne pas se heurter le front, et il frottait, frottait, frottait encore et encore les lames contre la pierre. Quand le soleil montait dans le ciel, il allait livrer ses couteaux à ses clients et passait de maison en maison proposer ses services d’affuteur. Comme les villageois avaient pitié de lui, il n’y avait pas dans ce village une maison qui ne soit équipée en couteaux aussi tranchants que le verre. Dans sa brouette recouverte d’un linge pour protéger les lames des gouttes de rosée, il transportait sa marchandise dont le cliquetis rythmait le quotidien des villageois. Quand sa silhouette disparaissait de leur champ de vision, aux alentours de 16 heures, le pigeon voyageur sifflait le rassemblement des oiseaux ambassadeurs, qui se retrouvaient pour commenter et propager les nouvelles du jour aux alentours.
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