Pour ce nouvel atelier, Annie Lamiral, intervenante À Mots croisés a choisi d’inviter les écrivants à une balade en silence, dans un espace familier : le Parc Richelieu de Bagneux.
Le silence devient ressource, l’écriture devient sensible. L’exercice n’est pas de chercher, mais d’attendre, d’avancer sans intention, de regarder, écouter, sentir, toucher, de s’arrêter, de cueillir un détail, un rien inattendu. Le parc devient un prétexte pour apprendre à s’arrêter. L’attention devient la tension de l’écriture : « Presque rien, et pourtant »
A suivre le récit imaginé par Jean-François.
Copalme d’Amérique
Au gré de mes déambulations quotidiennes, je traverse aujourd’hui ce parc plus que centenaire et je ramasse dans l’herbe verte parsemée de fleurs multicolores un étrange objet. Est-ce un fruit ? L’observation intense de cette boule avec ses épines me propulse alors loin de ce lieu dont le propriétaire fut jadis un cardinal qui administrait la France.
Je suis dans une eau translucide où, équipé d’un masque et d’un tuba, je viens de plonger. Nous sommes ce jour-là une bande de copains dans la mer des Caraïbes par une matinée de Février. Nous avons décidé avec mes amis l’organisation d’une partie de pêche à ramasser les oursins. Mais attention dans ces eaux tropicales, seuls les oursins blancs se consomment ; les noirs ont de très longues épines et il convient de les éviter à tout prix. Nous prenons donc soin de nous tenir éloignés car on dit que ces oursins peuvent lancer leurs épines.
Nous sommes ainsi sept camarades de la sortie. Pendant que cinq d’entre nous plongent pour ramasser quelques bêtes, les autres attendent sur le bord avec les sacs dans lesquels les plongeurs posent le fruit de leur pêche. Tout cela se produit dans un tumulte en surface généré par le battement des pieds en train de plonger et par le cri des divers pêcheurs à la vue des sacs qui se remplissent si vite.
Sous l’eau, nous observons des étendues de sable et surtout des blocs de rochers ou de végétaux dans lesquels nous attrapons facilement l’animal recherché. Nous veillons bien, quand cela s’avère nécessaire, à éviter de poser les pieds sur un oursin noir. Nous avons trouvé un coin herbeux, assez riche, mais nous préférons l’ignorer car notre visibilité de cet habitat est très limitée. Nous nous restreignons à ces rochers et coraux suffisamment fournis. Après deux heures et demie, nous avons recueilli plusieurs centaines de bêtes. Très fiers de nous et dans une immense rigolade nous nous tapons les épaules et claquons dans les mains. Joyeux de cette partie dans cette baie protégée de la houle, nos rires éclatent dans un vibrant hommage à la richesse des lieux.
Nous réfléchissons maintenant au festin du fruit de notre récolte. Un camarade, Jules, ouvre la sacoche qu’il a toujours avec lui et sort un couteau et trois citrons.
− Si l’on se goûtait quelques bêtes avant de commencer sérieusement le travail ?
A tout de rôle, nous grattons, avide, les œufs de quelques coquilles et arrosés de jus de citron, les avalons goulûment dans un fracas d’onomatopées de satisfaction :
− Hmm, hmm, comme c’est bon !
Vient enfin l’heure de vider les oursins dans la gamelle, un moment fastidieux pour venir à bout du fabuleux produit de notre pêche. On demandera aux parents d’Achille, qui nous a conduit ici, de les préparer au four ou en omelette. On se délecte déjà, rien que d’y penser, alors qu’un bruit de trottinette me sort de ma rêverie.
Je reviens dans ce parc où je me sens étranger tant je ne peux nommer ce qui m’entoure les fleurs, les arbres, les oiseaux que j’y entends quand me surgit cette idée soudaine : c’est peut-être cet animal, l’oursin, qui a conduit le Cardinal à s’intéresser à la zone Caraïbes !
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Photo © Jean-François Gamess
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