« L’affaire du siècle »

C’est l’incipit du roman d’Agatha Christie « Les Dix Petits Nègres » qui a inspiré Manon. Belle découverte !

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L’affaire du siècle​​​​​​​

​Confortablement installé dans le coin d’un compartiment de 1ère classe, M. le juge Wargrave, depuis peu en retraite, tirait des bouffées de son cigare en parcourant, d’un œil intéressé, les nouvelles politiques du Times. Elles n’étaient pas bonnes. L’invasion de la Pologne commençait et les fascismes continuaient leur progression sans encombre, dans un monde divisé.

​Monsieur le juge, c’est comme ça que l’appelait ses voisins, prenait le train pour le comté d’Oxfordshire où il allait juger d’une terrible affaire. Il avait été rappelé car il fallait un juge impartial et expérimenté pour ce procès. Il s’était passionné pour celle-ci, alors il avait accepté.

​Il était de ces hommes qui se vêtissent élégamment, comme si chaque jour était un dimanche. Son rang ne lui laissait guère le choix, vous dirait-on. On attend d’un juge qu’il ait de la prestance et un certain sens de l’équité qui doit être inné. La carrure de cet homme ne laissait aucun doute sur sa profession. Sa sacoche de voyage, couleur grenat et marquée de l’écusson de la reine, laissait présager à tous des raisons de son voyage. L’affaire qui l’amenait était suivie dans tout le pays ; elle avait fait la une des journaux des différents comtés et des quotidiens nationaux. Elle était dans l’ère du temps. Le juge Wargrave finit son cigare et sortit de son étui un lourd dossier solidement ficelé par une lamelle de cuir. Il l’ouvrit pour se pencher un peu plus sur les pièces de l’accusation, qu’il connaissait uniquement par les journaux. Visiblement, la culpabilité de l’accusée laissait peu de place au doute, mais la volonté d’exercer une justice équitable et d’assurer un réel procès était d’autant plus nécessaire que la présomption d’innocence n’avait pas été respectée par l’ensemble des journalistes de la profession.

​L’accusée était une femme, soupçonnée d’avoir assassiné froidement plusieurs enfants. Des enfants qu’elle aurait récupérés dans la rue, car abandonnés à leur sort et orphelins. Elle les aurait recueillis, hébergés mais surtout soigneusement choisis sur un critère : leur couleur de peau. Ils étaient tous noirs ou mulâtres. Après en avoir « sélectionné » dix, elle les aurait égorgés dans leur sommeil. Cette histoire faisait froid dans le dos ! Le mobile du crime, c’était la faiblesse de l’accusation, car il semblait difficile de croire que cette femme avait commis ces crimes avec pour objectif d’éradiquer une « race ». Jamais le juge n’avait vu tant de haine due aux théories du racialisme. C’était effrayant. Cette femme, il connaissait son nom. Elle se nommait Agatha, Agatha Christie.

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