« Drôle d’anniversaire »

Vous nous suivez ? Qui a sonné à la porte ? Danielle et Maximilien l’ont ouverte ! Et, Annie, que va-t-elle décider pour son récit ?

✍🏻✍🏻✍🏻


Drôle d’anniversaire 

Tout avait si bien commencé ! 

Ce matin-là, j’avais brunché avec quelques collègues à la terrasse-jardin d’un charmant resto parisien pendant qu’un cuisinier à domicile préparait le buffet du soir. Cinquante ans, cela se fête ! L’après-midi fut ponctuée de coups de fil de félicitations; entre deux, j’organisais tables et chaises pour la soirée. Trop contente d’avoir tout planifié depuis des semaines et maintenant, soulagée de voir que tout se déroulait comme prévu. J’étais littéralement sur un petit nuage ! Si heureuse de réunir mes amis et de partager avec eux ce jour mémorable ! Pas sûr que je célèbre de cette façon les dizaines à venir ! 

Sur le coup de vingt heures, mes invités arrivèrent. Se connaissant tous, l’ambiance était des meilleures. Jo avait pris la sono en main pendant qu’Emilien ouvrait les bouteilles de champagne. J’étais vraiment gâtée de ne m’occuper de rien. Libre de me mêler aux discussions des uns et des autres, de papillonner à droite ou à gauche, de m’offrir une pause pour rafraîchir mon maquillage et redonner du volume à mes boucles blondes. C’est justement alors que j’étais dans la salle de bains que retentit la sonnette de la porte d’entrée. J’allais vite au visiophone. Sans réfléchir, j’appuyais sur la touche ouvre-porte en prononçant : « Cinquième étage à gauche en sortant de l’ascenseur ! » Bizarrement, je fus soudain prise d’un long frisson. En fait, je n’attendais plus personne ! Comment était-ce possible que quelqu’un arrive maintenant ? Pourquoi avais-je réagi de la sorte ? Qui allait sortir de l’ascenseur ? Dans les minutes qui suivirent, j’hésitais à laisser ma porte fermée. Après tout, j’avais fait une erreur. La personne repartirait bien au bout de quelques minutes. En plus, je n’avais aucun voisin de palier à qui elle pourrait s’adresser.

« Ding, dong ! » J’étais prise de court. Plus le temps de réfléchir et surtout trop curieuse de savoir qui était là car je voyais mal son visage par le judas. Après tout, je ne risquais rien. Tous mes amis étaient là pour m’aider au cas où… Le cœur battant, j’entrouvrais ma porte. 

« Bonsoir, vous êtes bien Vanessa Dumont ? » 

« … » Il m’était tout à fait impossible de lui répondre, de prononcer une seule parole. Je rêvais ? J’avais trop bu ? Était-ce plutôt un cauchemar ? Incroyable… Cette personne connaissait mon nom ET mon prénom ? Qui était cette rouquine aux cheveux courts ? Que décider ? La faire entrer ? La présenter à mes amis ? Arrêter la soirée ? Voyant mon désarroi, l’inconnue ajouta en riant de bon cœur : « Je crois que vous avez une petite fête ! Rassurez-vous, je reviendrai ! Voilà, mon téléphone ! Je me sauve ! Au revoir, Vanessa ! »

***

Je me réveillais tard, le lendemain. L’appartement était impeccable. Aussi bien rangé que d’habitude. Il y avait bien quelques cadeaux sur la table du salon. De la musique bourdonnait dans mes oreilles. J’essayais de me remémorer la soirée… exercice difficile. J’avais un trou de mémoire et décidais d’appeler Marie, ma meilleure amie. 

  • Allô, Marie ? Je ne te dérange pas ?
  • Pas du tout ! Comment vas-tu, Vanessa ?
  • Euuuh, je ne sais pas trop, à vrai dire… 
  • Tu nous as bien fait peur en tous cas !
  • Ah bon, raconte !
  • Sur le coup de dix heures, on a entendu un grand bruit dans l’entrée. On t’a retrouvée par terre, livide. On a hésité à appeler les pompiers car tu t’es assez vite réveillée. Tu n’avais apparemment pas de fièvre. Ni mal nulle part. On t’a rafraîchit avec un linge et fait boire un peu d’eau. Les garçons t’ont portée jusqu’à ton lit. Je suis restée à côté de toi pendant que tout le monde rangeait. On s’est dit que tu avais eu un gros coup de fatigue ! Tu vas mieux, ce matin ?
  • Oui, merci, Marie ! Je ne sais vraiment pas ce qui m’est arrivé ! Tu as raison… la fatigue… vu mon âge ! 
  • Hihihi ! En tous cas, fais doucement, aujourd’hui ! Repose-toi ! Tu m’appelles si tu as besoin !
  • D’accord ! Bisous bisous ! 
  • Bisous !

Récapitulons : Hier soir, j’ai donc fait un malaise dans l’entrée ? Bizarre ! Il faut que je prenne l’air, les souvenirs reviendront peut-être. 

Là-dessus, j’allais boire un petit café chez Robert, au coin de ma rue. La salle était en pleine effervescence. Je captais quelques bribes de conversations : dans la nuit, une fille aurait été heurtée par une voiture sur le trottoir d’en face. Tout ce brouhaha me fatiguait. Je délaissais le comptoir pour m’installer à une table. L’écran télé montrait la météo. Pluie pour tout le week-end. Zut, moi qui voulais aller en Normandie ! Perdue dans mes pensées – j’annule, j’annule pas – une info flash incrustée sur la photo de la victime au visage tuméfié se mit à balayer l’écran. 

Appel à témoins : Une femme a été percutée cette nuit par un automobiliste, rue des Peupliers. Le chauffard est en fuite. Si vous avez des informations sur la victime ou si vous avez été témoin de l’accident, contactez de toute urgence le commissariat de police le plus proche. 

Ça y est, je me souviens maintenant. C’est elle qui a sonné chez moi, hier soir. Au fait, elle m’a donné un papier. Je l’ai mis où ? Comment elle s’appelait déjà ? 

Je posais une pièce de 2 euros à côté de ma tasse vide et filais comme une flèche à la maison. 

Je fouillais le guéridon de l’entrée. Rien. La poubelle de la cuisine ? Avec un peu de chance, mes amis ne l’auraient tout de même pas vidée en pleine nuit ? Délicatement, je me mis à l’explorer. Entre deux papiers cadeau froissés et un sachet de thé encore dégoulinant, je trouvais un petit papier avec un numéro de téléphone. Je n’avais pas rêvé ! A la fois soulagée et inquiète, je pris la direction du commissariat.

***

Silencieux, le commissaire Chabot écouta mon histoire. Il semblait soucieux. « Elle ne vous a rien dit de plus ?  » De la tête, je lui faisais signe que non et lui demandais : « Mais, qui est cette femme qui connaît mon nom, mon prénom, mon adresse et en plus que j’ai mon anniversaire ! C’est vraiment incroyable !  »

« Je peux juste vous dire que l’enquête est en cours. Nous vous informerons s’il devait y avoir un lien entre vous et la victime. »

« Elle est vivante ? Elle est morte ? »

« Secret de l’instruction. Vous serez avertie uniquement si vous êtes de la famille. »

En rentrant chez moi, je me remémorais le fil des événements. Quel drôle d’anniversaire ! Je m’en souviendrais de mes cinquante ans ! 

***

Inutile de vous dire que je vivais plutôt mal les jours qui suivirent. Mes parents étaient décédés, depuis des années… Je n’avais ni oncle, ni tante. Bref, j’étais seule au monde, mais je voulais savoir. Vite. 

Je prenais rendez-vous avec Paul Prévoteau, un détective de renom, décidée à faire avancer les choses. L’entretien fut chaleureux et informatif. Paul Prévoteau me promettait très rapidement des informations. Ce soir-là, je me couchais soulagée d’avoir enfin quelqu’un sur qui me reposer pour comprendre cette histoire abracadabrantesque. 

Quelques jours, plus tard…

« Allô, Madame Dumont ? Ici Paul Prévoteau ! »

« Vous avez du nouveau ? Je peux passer ?  »

Je sentais que j’allais ENFIN savoir…

A peine le temps de raccrocher que le commissaire Chabot m’appelait, à son tour, pour me convoquer, le lendemain, dans son bureau.

Paul Prévoteau était maintenant assis à la table de salle à manger avec un dossier.

C’était écrit noir sur blanc … sur la copie de l’acte de naissance intégral. Deux enfants de sexe féminin, Vanessa et Déborah, étaient nées le 16 juillet 1965 à 17.30 heures de l’union de Monsieur Jules Dumont et de Madame Chantal Dumont née Michelet. Dans la marge, il était spécifié que Déborah avait été confiée à l’adoption. Le choc ! L’insupportable ! Je m’effondrais en larmes. J’avais une sœur. Jumelle ou plutôt fausse jumelle, vu qu’elle ne me ressemble pas du tout. Je prenais conscience du même coup qu’en fait, je ne connaissais pas mes parents ! Ils ne m’avaient jamais rien dit de tout cela. Pourquoi ? Mais, pourquoi avaient-ils menti sur notre famille ? La vraie. J’avais besoin d’explications. J’avais soif de comprendre. Paul Prévoteau allait bien sûr approfondir ses recherches. Je lui donnais carte blanche et filais au commissariat, sans attendre le rendez-vous fixé au lendemain. A la fois excitée et bouleversée, je demandais à rencontrer de toute urgence le commissaire Chabot.

« Commissaire, je sais ! La victime de la rue des Peupliers, c’est ma sœur. C’est ma jumelle ! Regardez ce document ! Là ! Où est Déborah  ? Comment va-t-elle ? »

D’un ton grave et solennel, le commissaire Chabot sortit de son mutisme. 

« Je vois que nous sommes arrivés aux mêmes conclusions, hummm… », dit-il en me jetant un regard réprobateur. «  Étant établi que vous êtes proche de la victime, je peux maintenant vous informer de son état de santé et de la suite de l’enquête au sujet de l’accident de la route ayant engendré des blessures … »

« Déborah est vivante ? Elle est où ? » 

« Votre sœur est dans un état grave à l’hôpital Cochin… Vous …

Déjà je ne l’écoutais plus, je me sentais comme aspirée par un tourbillon. Je tournais les talons sans dire mot, je n’avais plus une minute à perdre… Il me fallait rejoindre ma sœur, je suis sûre qu’elle avait besoin de moi, qu’elle m’attendait !

***

Je caressais doucement la main de Déborah. « Je t’en supplie, ne m’abandonne pas. Tu m’as trouvée. Je me reprocherai toute ma vie de ne pas t’avoir invitée à entrer. Si seulement tu étais restée avec moi, avec mes amis, tu ne serais pas là aujourd’hui ! Tout cela est de ma faute ! Je t’en prie… ». Bercée par le bruit du respirateur et celui du moniteur numérique, je m’endormais à son chevet.

Au petit matin, un infirmier arriva pour programmer les doses de médicaments dans la pompe à perfusion, suivi quelques minutes plus tard par le médecin.

« Vous êtes sa sœur, je suppose ? Ne vous inquiétez pas ! Elle est hors de danger ! Certes, il lui faudra quelques semaines avant d’être sur pied, un peu de rééducation aussi ! Si elle est bien entourée, tout se passera bien ! Je compte sur vous ! » dit-il avec un large sourire. 

J’allais la voir tous les jours à l’hôpital. Sa sortie du coma artificiel fut comme une deuxième naissance pour nous. On allait vivre cette nouvelle vie, proche l’une de l’autre. Promis. Juré.

 

 

 

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