« Joyeux Noël à tous et à toutes ! »

Voici venu le jour de vous dire un grand MERCI de nous avoir suivi ces dernières semaines. Il ne nous reste plus qu’à vous souhaiter tout simplement…un très Joyeux Noël ! Profitez bien de votre famille, vos ami.e.s, prenez du temps pour vous aussi, pour vous reposer, prélasser, lire un bon livre, écrire aux personnes qui vous sont chères ! 

Aujourd’hui, nous vous offrons « Le plus beau des cadeaux », un récit très original de Maximilien pour clôturer notre série de « Quel cadeau ! »

Rendez-vous le 1er janvier 2021 pour une année que nous espérons plus sereine ! D’ici là, portez-vous bien et protégez-vous !

Virginie et toute l’équipe d’A Mots croisés 

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« Le plus beau des cadeaux »

J’ai toujours détesté les cadeaux. Ces bons sentiments que l’on déballe, les mines déconfites qui peinent à se cacher derrière de faux semblants et toutes ces tensions, ces traditions, qui transforment un moment festif en une obligation sociale éprouvante. Il y a des cadeaux dont on se moque. Les pots de départs des collègues, par exemple. Je dégaine toujours ma boîte de chocolats belges achetée à vil prix. Le bénéficiaire s’en moque, il a le plus souvent hâte de partir avec sa carte Fnac et opine du bonnet quand on lui assène des platitudes telles que « on reste en contact » ou « j’espère que cela te plaît ».

Et si je devais m’installer sur le canapé d’un psy, je dirais que mon père ne m’a pas aidée sur le sujet. Il n’ouvrait jamais les cadeaux. Les présents de mes frères et sœurs, de ma mère, trônaient sur sa table de chevet pendant de longues périodes, parfois plusieurs années, avant qu’il ne daigne les ouvrir. Une sorte de pudeur, une gêne chevillée au corps qui l’empêchait d’ouvrir les cadeaux, de sourire et de nous dire merci. Et à nous de supporter la vision de ces offrandes familiales qui ne quittaient jamais l’emballage.

Je suis donc une traumatisée des cadeaux, une effrayée de Noël et une fuyarde d’anniversaires. Ma famille l’accepte, mes amis en rigolent. Mais Marc, c’est différent. Il n’est pas au courant, car nous ne sommes ensemble que depuis six mois. Ce n’est pas assez pour lui révéler mes pires travers, évidemment. Je tousse encore pour masquer mes flatulences donc je ne vois pas comment je pourrais lui expliquer que sa petite amie est pathologiquement incapable d’offrir le bon cadeau. Pour tout vous dire je n’ai conclu avec Marc, officiellement, qu’une semaine après son anniversaire, car je voulais éviter cette date. Mais là, il y a le 24 décembre qui approche dangereusement et il m’est impossible de fuir.

J’ai bien envisagé la fausse maladie qui me clouerait au lit, ou le voyage avec une copine. J’en suis capable habituellement, et je ne me prive pas. Mais Marc, c’est Marc. Peut-être bien la première fois que je tiens à quelqu’un. Pas un petit copain seulement de passage. Donc, c’est décidé : je veux faire un effort. Je veux surmonter ma peur et lui offrir le plus beau des cadeaux.

Pas de chocolat, de coffret Scorpio avec son parfum et son déodorant, pas de pull moche ou d’écharpe. Je raye définitivement ces options de ma liste et me trouve bien démunie. En tant que couple, nous n’avons pas encore partagé assez de niaiserie, de moments « gnangnan » qui me permettraient de jouer la carte « intime ». Mais je devrais néanmoins pouvoir lui offrir quelque chose d’assez ciblé en rassemblant toutes les informations que j’ai le concernant : il aime le cyclisme (tout un rayon Decathlon d’accessoires hors de prix à ma disposition), est coquet (les boutiques du Marais ?), aime cuisiner (je peux lui donner le robot jamais utilisé offert par ma sœur). Un sentiment me tord le bide : est-ce que Marc est réellement ce cliché que je n’avais pas envisagé avant aujourd’hui ou est-ce qu’il me cache ce qu’il est réellement ? Si c’est le cas, ma quête du plus beau des cadeaux est impossible.

Je prends donc une décision tout à fait raisonnable, et qui me ressemble : pour bien comprendre Marc, et lui faire le cadeau parfait, je me vois dans l’obligation de fouiller ses affaires. Pas le choix. Il ne s’est jamais déconnecté de mon ordinateur portable après notre première nuit ensemble. Ses mails sont là, à portée de clics. Après trois minutes de fouilles, je tombe sur une série de messages me plongeant dans une angoisse terrible. Marc a acheté il y a quelques jours des billets d’avion pour Amsterdam (ma ville préférée), a commandé une montre à gousset (j’adore ça) et a sauvegardé dans ses brouillons une lettre d’amour qui m’est destinée. Et elle est sacrément bien écrite. Il met la barre haute et semble être, contrairement à moi, un offreur de cadeaux de première classe. La sauvegarde dans le cloud de ses SMS m’achève définitivement. Il a contacté les quelques copines qui gravitent encore autour de ma personne pour d’une part faire confirmer ses choix et d’autre part les inviter à une fête surprise en mon honneur.

Je dois dire que je me sens honteuse, comme après une pizza bien grasse ou une bêtise d’enfant impliquant un pot à confiture. Marc est tristement parfait, sérieux et attentionné. Et surtout, sans même le savoir, ses actes viennent ébranler mon sens moral. Mais la politique du pire est, chez moi, une seconde nature. Je décide donc de passer de la surveillance numérique à la filature. Le plus beau des cadeaux mérite bien que l’on se donne de la peine.

Marc, je le découvre, est réglé comme une horloge. Levé à 7 h, propre et présentable à 7 h 30, au travail à 9 h. C’est d’ailleurs à l’occasion de cette enquête que je découvre que même les SMS d’amour qu’il m’envoie suivent une certaine régularité : un à 10 h 30 durant sa pause et un à 19 h après le travail. Il rejoint son appartement propre, aux murs blancs, à la cafetière Dolce Gusto et aux tableaux déco « I love New York ». Marc ne mentait pas, il est bien ce cliché vivant et je ne l’avais pas mesuré jusqu’à maintenant. Je pensais qu’il tenait encore à sauvegarder les apparences, à maintenir la parade amoureuse. Mais non, Marc est bien Marc. Il fait du vélo le samedi, cuisine le dimanche et repasse ses chemises. Je ne découvre rien, si ce n’est ma propre incapacité à faire confiance à autrui. Et je commence à lui en vouloir pour cela.

Un dimanche où l’on devait faire notre traditionnelle sortie de couple moderne, il a prétexté qu’il était occupé. Tout en sous-entendant néanmoins que cet empêchement était lié aux festivités de fin d’année. Ce cadeau si parfait qu’il finalisait. Et moi, pitoyablement, incapable de trouver ce qui pourrait parfaitement lui convenir.

La bijouterie, place de la mairie, 16 h. Il s’apprête à retirer cette magnifique montre à gousset. En vérité je ne sais pas vraiment ce que je fais là. Je sais précisément ce qu’il planifie et rien de ce qu’il fera aujourd’hui ne me donnera cette idée que je recherche tant pour lui offrir le plus beau des cadeaux. Je pense avoir pris goût à l’espionnage et j’étais excitée à l’idée de pouvoir étrenner cette perruque blonde, et ce trench trop grand pour moi. Je m’imagine futée, discrète. Je manque pourtant de renverser le porte-manteau de la bijouterie et j’ai l’impression que les vendeuses me surveillent du coin de l’œil depuis cinq minutes. Marc observe attentivement la montre que le vendeur emballe devant lui. Et il y a un reflet qui me trahit bien entendu. Ne jamais espionner quelqu’un dans une bijouterie, ou tout endroit pétri de surfaces réfléchissantes. Marc se retourne, me fait face et se moque gentiment de ma perruque. Il balaie ma fausse mèche blonde, caresse ma joue. Rouge de honte, je m’attends à recevoir une salve bien méritée de questions, d’accusations. Mais Marc, c’est Marc, malheureusement. Il m’embrasse le front, me dit que je lui manquais et que je tombe bien : il a tellement de cadeaux à m’offrir d’ici Noël que cela ne l’embête pas d’anticiper les choses, car il est excité à l’idée de voir ma réaction. Quelle idée stupide. Il me tend donc cette boîte avec délicatesse, mais je sais très bien ce que je vais y trouver. Un cadeau que je ne souhaite pas, car il est offert par une personne qui, finalement, n’est pas tout à fait ce que je désire. Je m’excuse platement et formule devant lui quelques mots qui, en s’emboîtant, ressemblent à une sorte de rupture amoureuse. Je quitte la bijouterie et laisse Marc derrière moi. Je n’arrive même pas à éprouver de la tristesse, car j’ai le sentiment, en le quittant, de lui faire le plus beau des cadeaux.

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