« Que la vie nous semblait vide »


Poursuivons notre série avec une chanson d’amour, revisitée par Annie, qui va vous emmener en voyage. Vous allez sûrement la reconnaître !

Que la vie nous semblait vide

-Dis, Papy, raconte-moi comment tu as rencontré Mamie ?

-Mais, tu le sais déjà, Nicolas !

-Oui, mais je veux que tu me le racontes encore une fois.

-Viens dans mes bras ! Assieds-toi là, sur mes genoux !

Pour fêter mon diplôme de fin d’études d’histoire et de journalisme, mes parents m’avaient offert un voyage. Je choisis de partir en URSS. C’était bien avant Gorbatchev, la Glasnost et la Pérestroïka. J’arrivais donc à Moscou, le dimanche 31 décembre 1975. La place Rouge était recouverte d’une épaisse couche de neige. Un bon mètre ! Te dire, je n’en avais jamais vu autant de ma vie ! La place Rouge était aussi noire de monde. Nous étions des dizaines de touristes mêlés aux Moscovites à être venus pour vivre le dernier jour de l’année, à deux pas du tombeau de Lénine.

J’avais passé la journée, l’oreille tendue vers ma guide, intarissable sur la Révolution d’octobre, sur le rituel orthodoxe ou le réalisme soviétique des stations de métro. En fin d’après-midi, on a fait une pause au café Pouchkine pour boire un chocolat (entre nous, il était bien plus crémeux que celui que je te donne !). Elle parlait en phrases sobres qu’elle ponctuait de larges sourires. On a regardé le feu d’artifices. Après le bouquet final qui a embrasé Saint-Basile, nous sommes restés à boire du champagne pendant que la foule se dispersait. Il faisait affreusement froid. Dans les moins vingt. Une bise polaire traversait nos anoraks, piquait nos yeux, glaçait nos oreilles.

On a pressé le pas. Je l’ai prise par le bras pour rejoindre le campus. On y a retrouvé sa bande de copains. Plus on trinquait, plus les langues se déliaient. J’étais le premier Occidental qu’ils rencontraient. Ils voulaient tout savoir sur la France, sur Paris, sur les Champs-Élysées. On a beaucoup parlé. On a ri. On a chanté. On a dansé. 

Au petit matin, ils sont partis. On est restés là, tous les deux. On n’avait plus besoin de parler. Plus besoin de traduire. On se comprenait d’un simple regard, d’une simple caresse. Quand elle a délié ses longues tresses blondes, je n’ai pu me retenir de l’embrasser. J’étais amoureux. Elle aussi.

Comme je ne pouvais pas rester avec mon visa de touriste, je lui ai fait promettre de venir à Paris pour les prochaines vacances universitaires. On s’est quittés à l’aéroport de Domodedovo. On était tous les deux en larmes. D’un coup, la vie nous semblait si vide.

Quelques mois plus tard, j’avais enfin le bonheur de l’accueillir à Paris. Les rôles s’inversaient : c’était moi le guide ! On s’aimait tant qu’elle n’est plus repartie. Tu sais que cela fait plus de 40 ans qu’on vit le grand amour. Tu dors, Nicolas ? 

-Euh, mais noooon ! Dis, Papy, comment elle s’appelait avant, Mamie ?

-Nathacha !

-Elle avait un joli nom, ma Mamie… Nathalie !

Au sujet de la chanson originale « Nathalie »

En 1964, en pleine période Rock ‘n’ roll-Twist-Yéyé de la culture américaine et de guerre froide anticommuniste avec l’URSS, Gilbert Bécaud (« Monsieur 100 000 Volts ») fait une tournée triomphale à Moscou.  Pierre Delanoë, son parolier, raconte : « J’ai mis un an à le convaincre d’interpréter Nathalie, qui s’appelait d’abord Natacha et vivait un amour impossible dans l’horreur communiste. À chaque fois, il m’envoyait sur les roses ». Un jour, il m’a dit : « Invente une image forte ! » J’ai sorti : « La place Rouge était vide, devant moi marchait Nathalie Il s’est mis au piano. On a fini dans l’heure. »

Écouter Gilbert Bécaud

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