« Crime en enfer ou le paradis enfui »

Etes-vous prêt à suivre Carmen ? Attention… Elle vous emmène dans une aventure inattendue avec un duo improbable ! Vous êtes prévenu !!!

Crime en enfer ou le paradis enfui

Le soleil avait brillé par son absence toute la journée. Le ciel, plombé s’était paré de toutes les nuances de gris que l’on ait pu jamais imaginer. Une immense palette céleste entre le blanc et le noir. Les lourds nuages chargés d’humidité occupaient tant de place qu’aucune touche de bleu, si pâle soit-il, n’avait pu voir le jour. Et le soir qui s’apprêtait à s’installer ne changerait rien à ce tableau déjà sombre. Ici, tout avait une couleur unique, un peu comme ces films noirs où bons et méchants se ressemblaient étrangement. Il fallait deviner les véritables couleurs de ces polars aux histoires féroces.

Sur l’asphalte, des bruits de pas résonnaient, jouant une marche funèbre accompagnées par les cris des corbeaux au plumage de jais. Des relents d’une cuisine grasse s’enfuyaient des conduits d’une miteuse gargote où même un ogre aurait refusé d’y manger. Musique noire pour une ambiance encore plus noire.

A la limite du lugubre, la nuit ne venait pas seule. Elle était suivie d’un étrange voile opaque, fermant définitivement un horizon dont la ligne de crête ne dépassait pas le sommet des plus hauts gratte-ciel de cette cité aux allures de ville maudite. C’était à celui qui paraîtrait le plus haut. Compétition pathétique entre des buildings, à la manière d’enfants se hissant sur la pointe des pieds, afin de se faire plus grand face à un adversaire dans la cour de récréation.

Sur le macadam de la 7ème Avenue, la fine bruine qui tombait depuis le lever du jour dévoilait des traces irisées au sol. Seuls, quelques rats en goguette avaient l’air de les trouver jolies. La chaussée, défoncée par une circulation intense, formait des flaques parfois profondes. Dérisoires mares urbaines où jamais aucune vie n’y prendrait place. Néanmoins, tout n’était pas complètement mort. Sur le trottoir, guère en meilleur état que le reste, quelques brins d’herbe, héros végétaux, eurent l’immense volonté de transpercer le bitume. Une fleurette tenterait peut-être sa chance et fleurirait un beau matin. Petite chose à la fragile apparence mais à l’incroyable force face à des monstres de fer et d’acier. Métal hurlant. Cette nuit, comme la précédente, elle continuerait en silence et sans répit son implacable quête de soleil et de ciel bleu. Juste vivre encore un peu, et si possible voir le jour se lever sur ce coin de jungle, urbaine, froide, moderne. Une plante folle​ dans une avenue folle. Le combat semble si inégal. La vie contre la mort. La lumière versus les ténèbres. Bataille éternelle dont le fragile équilibre prenait parfois des allures de guerre de tranchée.

Sa bataille à lui, il l’avait définitivement perdue. Adossé, contre un pan de mur à la vieille peinture s’écaillant, entre deux poubelles débordant d’ordures, il donnait l’impression de cuver un mauvais alcool. De ses mains blanches aux doigts exagérément longs, il se tenait le ventre tentant d’endiguer le ruisseau sanguin qui s’en échappait. Ses beaux yeux noirs figés fixaient l’impasse dont il semblait venir. Une longue mèche de cheveu châtain clair recouvrait son large front. Il était beau dans son costume bleu marine pourtant fort élimé. Certainement pas une première main, ce blazer et cette chemise plus vraiment blanche. Mais, il les portait bien, même si maintenant, tout cela n’avait plus vraiment d’importance. Plus personne ne le regarderait, du moins plus grand monde désormais alors son costume bien taillé, ça lui faisait une belle jambe à dire vrai. A ses pieds, des souliers vernis aux semelles trouées, brillaient d’un étrange éclat à la faveur de la lumière blafarde, celle d’un minable éclairage public. Ce quartier qui excellait par son immense pauvreté n’était pas doté de ces beaux réverbères des avenues chics de la ville, de ces beaux endroits qu’affectionnent touristes ou riches résidents. Car ici tout le monde était pauvre et même les lampadaires suaient de la misère. En fait, c’était un endroit parfait pour crever la gueule ouverte, comme un chien galeux dont on se débarrasse. Près de l’inconnu au clair de lune, se tenait une jolie lame argenté, manche maculé d’un beau sang frais. Elle exhalait une odeur métallique, écœurante fragrance. C’était son ultime compagne. Pour elle, il aurait une dernière érection. Je meurs mais je t’aime encore. Vois comme je pense à toi. Toi, qui me tue. Toi, qui m’offre la mort. Tu as pénétré ma chair comme je te le faisais autrefois. Paroles muettes, seul le corps parle. Il est là et il n’attend plus rien. Juste rester encore un peu comme un désespéré au bout d’une branche. Mais elle se brise sous poids, et il tombe, tombe dans un abyme sans fond. Maintenant, le sang écarlate se mêle aux larmes du ciel. Petit ru qui file vers le caniveau le plus proche. C’est la vie fuyant au travers des égouts de la ville, libéré d’un corps devenu inutile. L’herbe est-elle plus verte ailleurs ?

« Santa Maria que pena. Tu en penses quoi, toi ? Une idée de l’heure de la mort » Ainsi parlait l’inspecteur Alfonso Lopez. Il venait de poser la question rituelle exprimée lors de toute découverte d’un corps. Alfonso Lopez possédait outre un talent pour la salsa et le son, un fort accent portoricain.

De ces intonations chaudes et chantantes, il en éprouvait une grande fierté. Mais, aussi une grande colère lorsqu’on lui demandait de quelle région du Mexique il était issu. « PUERTORICO », lançait-il avec un immense mépris pour l’imbécile qui l’insultait en le faisant passer pour un vulgaire bouffeur de tacos. Non, lui il venait de San Juan, plus belle ville au monde à ses yeux. De son île natale, outre son élocution caractérisée, une classe et allure ensoleillée. Bel homme, Alfonso prenait un soin tout particulier à être propre et chic, et ce en toute circonstance. Même au-dessus de ce cadavre au ventre troué, au milieu de la nuit et de nulle part, il portait un élégant costume, presque un sur-mesure et des chaussures dont on pourrait légitimement se demander, comment il pouvait se permettre une paire pareille avec un simple traitement de fonctionnaire de la ville.

Rien de commun avec John Darcy, le médecin légiste. Lui, à force de travailler avec les morts, en venait presque à leur ressembler, un quasi mimétisme avec sa clientèle quotidienne. Comme ses patients, la parole rare, le teint terne et cireux, les cheveux jamais coiffés. Il se donnait des allures de savant fou que l’on aurait extirpé de force de son labo d’expérimentations interdites. Mais John Darcy possédait un talent, un don même. Il savait les faire parler, comme personne, tous ces macchabées qu’on lui amenait jour après jour. Il devenait leur voix, eux qui ne pouvaient plus rien dire. Il devenait leurs yeux, eux qui ne pouvait plus voir les auteurs de leur trépas. Lopez et Darcy étaient un duo des plus improbables, n’ayant pas l’ombre d’un point commun. Deux experts dans leur domaine respectif et l’immense respect qu’ils éprouvaient l’un envers l’autre suffisait pour créer une alchimie suffisante lorsqu’ils devaient travailler ensemble sur une affaire. Et celle-ci, n’avait rien de plus ou de moins que les précédentes. Peut-être un peu plus glauque en raison de ce quartier fort malfamé, de cette petite pluie fine qui s’acharnait à tomber sur les deux hommes et leur mort.

Des cordons de sécurité retenaient les curieux venus observer pourquoi la police, pour une fois, s’était donnée la peine de venir. Elle, qui rechignait à mettre les pieds dans ce trou à rats.

Bon, ce que je peux te dire pour le moment, c’est qu’il est mort depuis moins de deux heures. Pas de rigor mortis. Un seul coup de lame. D’ailleurs la longueur de celle que l’on a retrouvé, semble correspondre mais je te le dirai une fois que je l’aurai fait venir à la maison. Cette dague est rare, très rare. Une pièce unique. Putain de merde, c’est une arme de femme ça. Et elle n’a pas eu peur de frapper, plaie nette et profonde, la salope !!

– Madré de dios !! une femme dis-tu ? et en bon catholique qu’il était, Alfonso se signa pour la seconde fois depuis son arrivée sur les lieux du crime.

– Laisse donc tes bondieuseries aux grenouilles de bénitiers. Ici c’est pire que l’enfer. Même Lucifer foutrait le camp loin, très loin.

– Ah, Johnny, ne blasphème pas. Dieu est partout même là et là et puis nous sommes tous ses enfants quoique nous fassions.

– Mon cul, des fils de pute, ça oui !

– Dios mio, je te pardonne car je sais que tu es le meilleur. Et Lopez se re-signa à nouveau.

– Dis-moi, Johny, tu le connais bien ce quartier ?

Oui, malheureusement. Je le connais par cœur ce bouge. J’y ai grandi et jusqu’à présent j’ai tout fait pour ne plus y remettre un orteil. Et là, voilà que je retourne en enfer à cause de toi ! Putain de merde. Tu me fais chier !

– Hola amigo, je n’y suis pour rien si ce gars est venu se faire dézinguer ici. Tiens, regarde, on dirait qu’il est venu de là. Alfonso désignait la minable impasse face à eux.

– Oui, j’en suis sûr. Il a les yeux figés sur ce point précis, confirma le médecin d’un ton las.

Toujours accroupi, Lopez se leva, tout en prenant soin à ce que son genou ne touche pas le sol. Hors de question de salir son beau pantalon à la pliure parfaite.

Boys ! Emballez le et allez le porter à la morgue centrale. C’est tout pour lui, il en a assez vu ce soir. 

Darcy se prépara également à quitter les lieux. Il ne pouvait rien faire de plus, donc s’apprêtait à escorter son patient. Il aimait les accueillir en personne pour que les morts se sentent chez eux une dernière fois.

– Johnny, pour une fois, viens avec moi ! J’ai besoin de toi sur ce cas, puisque tu as l’air de connaître ce lieu comme ta poche. Ah, ne dis pas le contraire, tu me l’as pratiquement avoué. Et ça te changera de tes autopsies dégueulasses.

Darcy ouvrit la bouche pour objecter, mais se ravisa presque aussitôt. Des années qu’il n’avait plus posé un pied ici. Un retour aux sources un peu particulier, mais, dans la vie, on choisit rarement ses moments. Alors ce soir ou un autre, ne faisait pas une grande différence.

– Ok, ça marche. Bon, mais il va falloir me laisser faire sur ce coup-là. On ne fait n’importe quoi dans ce quartier. Il a ses codes et surtout ses règles qui ne te sont pas habituelles. Allez, viens et ne fais rien sans que je te dise. Regarde bien, il y a un club là, juste derrière ces gros containers. Il faut être né ici pour le savoir. Aucun flic n’est capable de le repérer.

On ne sait si Lopez leva les yeux au ciel pour le remercier ou bien pour implorer sa grâce. Lui seul le savait et il emboîta le pas à celui du légiste, fort sûr de lui. Il frappa à une porte bien cachée des regards indiscrets, en respectant un code précis.

Santa Madré de Dios, mais tu as donc tes entrées dans ce quartier, je ne savais rien de toi, on dirait.

– T’inquiète, mec, Darcy est un blaze connu. On entrera sans problème si tu te tiens tranquille, le Latino. Avec moi tu n’as rien à craindre, car sinon je ne te donne pas une heure pour survivre ici.

Un malabar ouvrit, observa les deux hommes et d’un simple regard les invita à pénétrer le lieu interlope. Il faisait sombre, très sombre. Ça sentait, pêlemêle, le tabac, l’alcool, le sang, la sueur et le mauvais sexe. Au fond de l’étroit couloir, une lourde tenture noire dissimulait une vaste pièce doté d’un bar immense. A sa gauche, un piano droit trônait. Assis sur vieux tabouret, un non moins vieux pianiste jouait sa partition sans lever les yeux sur les nouveaux venus. Une femme, ou plutôt une vamp se tenait de dos, les coudes sur l’instrument. Elle était grande, mince, une chevelure noire corbeau. Elle se retourna et posa un regard de braise, transperçant le cœur des deux hommes soufflés par sa vénéneuse beauté.

Une Madone, dit Lopez.

Une pute, répliqua Darcy.

Leurs réflexions respectives furent brusquement interrompues par l’irruption du tenancier de ces lieux. Ni jeune, ni vieux. Ni grand, ni petit. Qui pouvait-il être, lui qui ne ressemblait à rien. Sauf à un homme qui avait l’air de sentir le soufre et la luxure.

– Messieurs, bienvenue chez moi. Que puis-je faire pour vous satisfaire ? Un verre ? Une jolie fille ? Des jeux ? Ah mais je vois à votre allure que vous êtes deux dignes représentants de nos forces de l’ordre. Qu’attendez-vous de moi ? Dites-le et je ferai mon possible pour vous être utile. Mais je manque à la plus élémentaire des politesses, je me présente Santa, Adolf Santa pour vous servir.

Les deux hommes se regardèrent légèrement interloqués. Il sortait d’où celui-là ? Ils ne l’avaient pas vu venir comme surgi de nulle part.

– Inspecteur Lopez et médecin légiste Darcy. Un corps a été trouvé, près d’ici. Peut-être fréquentait-il votre établissement ? Voilà une photo de l’individu, le connaissez-vous ?

Un frisson parcourut le dos d’Alfonso pendant qu’il prononçait ces mots. Il était profondément mal à l’aise. Dans sa tête, il se refit un nouveau signe de croix et une prière de protection. Darcy, lui durcissait son visage. Cet endroit lui rappelait trop de mauvais souvenirs pour être heureux d’y revenir. Pourtant, il ne pouvait se détacher les yeux de la mystérieuse jeune femme. Elle ne disait rien, seul son regard parlait pour elle et elle en disait long avec.

Darcy ? Oh Johnny !

Lopez tira le légiste de l’emprise qu’il subissait.

– Donne donc la photo à Monsieur Santa.

Il la tira de sa poche comme une mécanique et la tendit au propriétaire du bouge.

– Adam !! C’est Adam Rivera, notre pianiste attitré. Lui, là qui pianote comme il peut, c’est Bernie. Il est venu en renfort quand Adam ne s’est pas présenté ce soir. Oh, par tous les dieux, que s’est-il passé ? Pauvre gars. Un type chouette vous savez. Réglo avec ça et jamais un mot de travers.

Alfonso écoutait sans croire à un traître mot sorti de la bouche de Santa. Hijo de la putana, se dit-il, tu cherches à m’embrouiller enfoiré.

– A quelle heure devait-il commencer ?

– Oh mais comme chaque soir à 19 heures tapantes. Eve, raconte à ces messieurs de la police ce que tu sais ? Vas-y ma belle, n’aies pas peur. Tu n’as rien à craindre d’eux.

Elle esquissa un pas vers l’inspecteur, tout en ignorant superbement le médecin légiste, toujours sous emprise. Il serra les poings en sentant ainsi rejeté par cette beauté fatale.

Venez avec moi, inspecteur, je vais tout vous dire, la voix vénéneuse. Elle prit entre ses doigts sa cravate de soie bleue joliment assortie et l’entraîna vers un coin plus intime de la pièce. Il flottait dans l’air un doux parfum de mort. Une atmosphère mortifère propre à pervertir un saint. Darcy n’en revenait pas, lui du quartier était évincé par un gringo venu d’ailleurs. Au fond de lui, s’instillait une haine violente propagée par des murs suintant de d’ondes négatives.

– Oh, Lopez, tu vas où comme ça mec ? On est venu à deux alors on interroge à deux. Tu crois que ça va se passer comme ça, enflure de Mexicain.

L’insulte à ne pas proférer pour Alfonso. Il se dégagea des mains d’Eve et se tourna vers Darcy.

Cabron !! que te voy a matar !!

Les deux hommes, jusque-là bons collègues à défaut d’être amis, en vinrent aussitôt aux mains. La situation s’envenimait au point de vouloir en découdre l’un envers l’autre comme deux ennemis héréditaires se faisant une guerre implacable. Comment en était-on arrivé là ? Que se passait-il donc pour que tout soit soudainement perverti ?

Une lame, fine, droite, surgie de nulle part, entra en scène. Les mains vives de Lopez s’en saisirent et sans la plus petite appréhension, il enfonça l’arme blanche dans le ventre du légiste qui s’écroula et expira dans une râle rauque. Le flic lâcha la dague. Il était maculé du sang de John désormais mort. Dans ses yeux se lisait l’incompréhension de ce qui venait de se produire. Quel sortilège avait frappé les deux hommes pour que l’un tue l’autre ?

– Allons, allons, inspecteur, il y des endroits où il ne faut surtout pas pénétrer. Vous ne le saviez donc pas ? Adam lui aussi l’ignorait et il a fait les frais de son ignorance. Il s’est montré beaucoup trop curieux ce soir, tsss tsss. La curiosité est un vilain défaut vous dit votre Bible.

Santa frappa dans ses mains pour révéler un brasier à la place du bar.

Vous aussi, vous vous êtes montré trop soupçonneux, je ne pouvais pas vous laisser investiguer davantage. Il y a des prises de risque dont le prix est parfois très élevé à payer pour le commun des mortels.

Santa semblait plus grand maintenant et dans ses yeux brillaient un éclat d’or.

Qui était-il ? Qui étaient ces gens qui gravitaient autour de lui ?

Darcy, Darcy, Darcy Pourquoi es-tu revenu ? Tout allait bien pour toi. Pas une bonne idée de rentrer dans une maison d’où l’on s’est enfui. Et il n’aurait pas dû vous emmener avec lui car maintenant vous allez devoir y rester pour l’éternité. Mais je manque à tous mes devoirs d’hôte, Je me présente. Je suis SATAN et bienvenue à la porte de l’enfer.

Lopez tenta de se signer une fois encore, sûrement l’ultime occasion de se soustraire à son funeste destin, mais c’était trop tard pour lui. Ni Dieu, ni ses saints, ne pourraient plus rien pour le sauver des griffes du démon.

Adieu le paradis et bon séjour en enfer.

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