« Le salon »

Entrez, Carmen vous ouvre la porte ! Chuuuut, dans le deuxième jeu, Carmen a repris les idées du premier exercice tout en y apportant une petite adaptation par rapport aux consignes. C’est cela la liberté d’écrire !

Jeu d’écriture # 1 – Le descriptif

La porte de la pièce grince si fort. Variation pour une porte et un soupir.

D’un seul regard, le petit salon déploie ses quatre coins. A chacun de ses angles, se trouve une vieille chaise à l’assise fatiguée par des charges trop lourdes pour elles. Du repos, c’est qu’il leur faut maintenant pour continuer à rester là, sans rien dire.

La fenêtre n’a pas de double vitrage, mais elle clôt avec fermeté la pièce, devenant imperméable au monde tout en laissant échapper un filet d’air refroidissant l’atmosphère les jours de grand vent. Pourtant, ici tout donne le sentiment d’un univers en miniature.

L’imposante comtoise égrène les secondes, minutes et heures. Imperturbable travailleuse du temps. Tic-tac, tic-tac, plus personne ne l’écoute depuis longtemps mais elle n’arrête pas pour autant la tâche qui est la sienne depuis son premier jour dans cette pièce. Elle occupe une place folle cette horloge. Elle est bien trop grande pour la taille du salon. Disproportion à la limite du ridicule.

Une épaisse couche de poussière noirâtre ruissèle sur les lourds rideaux cramoisis. Elle y est piégée, tout comme la mouche noire, l’est de la toile d’araignée déployée sur le plafond. Il semble si bas, ce plafond. Sa couleur grisée par les années, fait rapetisser cet endroit jour après jour.

Un rayon de soleil frappe à l’un des carreaux de la fenêtre. Il tente de se frayer un chemin pour offrir un peu de lumière dans cet endroit à la limite du lugubre. Il tente de mettre en valeur la table en chêne massif, situé au centre avec une précision quasi parfaite. Sa rondeur rend impossible les grandes tablées familiales.  Dessus, deux tasses de porcelaine de Limoges, évidemment ébréchées qui semblent s’y trouver à leur aise. Dans l’une d’elles, une minuscule cuillère à moka dégage une odeur âcre de vieux café séché par l’oubli. Un sucrier cristal d’Arques, garde jalousement ses morceaux de sucres cassés à la main. Certains sont petits, tandis que d’autres sont bien sûr beaucoup plus gros. Inégalité de traitement.

Le plafonnier peine à distiller de l’éclairage. Son unique ampoule à filament est à l’agonie, elle n’en a plus pour très longtemps avant de mourir. Absolument tout paraît figé ici. Rien n’est vivant. La grande faucheuse a dû rebrousser chemin. Même la mort n’aime pas les ambiances mortuaires.

Jeu d’écriture # 2 – Faire vivre un personnage dans le descriptif

Cette porte grince toujours autant. Sa musique m’écorche les oreilles.

D’un seul coup d’œil, je constate que les quatre chaises que j’avais connues sont toujours à la même place. A peine un peu plus défoncées, à avoir dû subir tous ces postérieurs trop lourds pour elle. Un de plus et elles rendent l’âme, tant elles me semblent crier grâce.

Et cette fenêtre. Toujours pas de double vitrage et toujours compliquée à ouvrir. J’avais du mal à l’époque et je vois que c’est encore pareil aujourd’hui. Elle me résiste. Pourtant j’aimerais pouvoir faire entrer un peu d’air frais au moins une fois.

Tiens, la comtoise chante encore son unique chanson. Un répertoire restreint comme toutes celles de son espèce. Ce que j’ai pu détester son tic-tac incessant. Enfant, il arrivait à me faire peur les nuits sans lune. Maintenant, il m’agace. Je suis sûr que cette horloge égrène le temps juste pour m’embêter.

Atchoum, atchoum ! Décidément, la poussière recouvre toujours ces horribles rideaux cramoisis. Ils doivent peser une tonne avec ce qui s’est accumulé dessus depuis toutes ces années. C’est comme la toile d’araignée du plafond. Elle déborde de mouches engluées dans ce piège mortel, alors qu’il n’y a même plus rien pour venir les dévorer à présent. D’ailleurs, il est plus gris que dans mes souvenirs ce plafond, une chape de plomb au-dessus de nos têtes. Je l’aurais préféré en blanc, pour qu’il rende cette pièce plus vaste qu’en réalité.

Je ne sais pas vraiment quoi faire, ni même ce que je fais ici. Pour m’occuper la tête autant que les mains, je les promène, sur la table de chêne ronde. Mon index joue à tracer des lignes, telles des routes à travers la fine pellicule qui s’y trouve et il finit par buter contre la tasse en porcelaine de Limoges dont l’ébréchure coupait les lèvres. Dans l’une d’elle, une minuscule cuillère à moka. Le café y a séché. Les petits et gros morceaux de sucre se serrent entre eux dans le sucrier en cristal d’Arques. J’ai le sentiment qu’ils tentent de recoller les morceaux tant bien que mal.

Au-dessus de la table, le plafonnier n’offre plus aucune lumière. L’ampoule à filament est décédée depuis si longtemps désormais. Rien n’a changé, ou presque. La vie est partie vivre ailleurs. Tout comme la mort qui n’apprécie pas les salons trop mortuaires.

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