« Le tromé »

Prise par son travail, Carmen n’a pu venir sur notre stand, jeudi 8 juillet 2021, pour participer à l’animation « Voilà le métro ! » , mais a souhaité écrire en distanciel ! Nous sommes heureux de partager son récit qui va vous emmener… là où vous ne vous attendez pas !

Bon voyage et bonne lecture !

« Le tromé »

Station Lamarck-Caulaincourt, ligne 12.

Ici, le temps s’est arrêté, figé tel une carte postale, année 1912. Une remuante immobilité avec ses céramiques biseautées blanches et vertes. On s’attends presque à voir débouler dans un assourdissant fracas une rame Sprague avec ses secondes classes populaires et son wagon central bien rouge pour ceux se démarquant du petit peuple. Elle a des courbes gracieuses comme seules les femmes généreuses peuvent offrir et puis un parfum indéfinissable mais néanmoins unique, invitation au voyage. Un pied sur le quai, et tout se bouscule, le métro comme une destination au rêve.

Et cette station, Alfred en connaissait chaque centimètre. Il aurait pu s’y déplacer les yeux fermés et si sentait plus chez lui que dans son petit deux pièces de la rue Duhesme. Sur ce quai de métro il y avait plus de vie que dans toute son existence de célibataire esseulé. Alors, certains soirs, au lieu de s’enfermer entre ses quatre murs, Alfred, se posait et observait, rame après rame, le flot incessant des voyageurs, toujours pressés. L’été, les touristes se perdaient dans les couloirs à la recherche de la butte. L’hiver, les manteaux se refermait aussitôt que les usagers descendaient du wagon. Il savait la météo rien qu’en regardant les quidams déambuler. Il lui fallait parfois du courage pour se lever et quitter la douce quiétude de ces lieux.

« Monsieur ? Monsieur ? Il faut vous lever maintenant, il est presque 1h du matin et nous allons fermer. Allez, on a trop bu ce soir ? » Mais Alfred, assis depuis des heures ne se décidait pas à bouger d’un pouce. Oui, pourquoi partir d’un endroit où l’on se sent si bien. Alors, il faisait la sourde oreille face aux injonctions de l’agent de la RATP. J’y suis, j’y reste.

« Maurice, viens voir j’ai un récalcitrant qui refuse de s’en aller ! »

« J’arrive ! »

Les deux collègues avaient l’habitude de voir s’obstiner des voyageurs à chaque week-end, mais celui ne ressemblait pas aux autres. Il ne sentait pas l’alcool bon marché et était impeccablement mis. Il semblait juste être profondément endormi, seul, à cette heure avancée de la soirée.

« Eh, mais c’est qu’il est mort ton guguss ! » hébétés, ils ne purent que constater que le dernier voyageur de leur service avait cassé sa pipe. Le métro pour dernier domicile, Alfred habiterait pour toujours la station Lamarck-Caulaincourt.

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