« Conjonction »

Lors de notre atelier au Musée de la Poste, nous avons rencontré Fabienne, une passionnée d’écriture qui avait déjà participé au précédent atelier du musée, en mai dernier. Nous partageons ici volontiers son récit inspiré par un timbre* de la Poste aérienne. Nous vous souhaitons une bonne lecture !

« Conjonction »

Bonjour !

Heureux d’être là. Je m’appelle Adrien Devers.

J’aime mon prénom ; je précise que c’est Adrien avec un A et pas un H à la Marguerite Yourcenar. Les classiques, le latin m’ont fait redoubler ma 5ème alors pas un bon souvenir de cette langue morte, même si elle participe aux racines de la nôtre, même si mes périples, mes voyages m’ont permis de découvrir des merveilles.

Ah oui, je me dois de préciser que j’aime les gens, les voyages, les découvertes et encore les gens. D’ailleurs, c’est passionnant d’en rencontrer partout dans le monde dans leur milieu d’origine, toutes ces autres personnes, celles d’autres cultures, aux savoirs, comportements, coutumes si différents, distincts, divergents.

Je n’affectionne pas seulement les gens, j’apprécie aussi les animaux, du moins une majorité. Mes préférés sont les chiens, chevaux, chats et ânes. L’âne si mal considéré et pourtant si doux, si paisible, si serviable, si docile.

Par contre, dans le monde animal, il en est que je fuis tant je les abhorre.

Ne me faites pas marcher dans les hautes herbes ou terrains de certaines contrées : tout ce qui ondule, rampe et s’enroule, me tétanise. Même en dessins animés ou bd. C’est vous dire ma phobie. Peut-être le mythe du serpent séducteur, ensorceleur, tentateur, roublard a t-il laissé une trace indélébile dans l’inconscient humain, ou dans mes gênes ?

J’adore les oiseaux, leurs chants, leurs envols. Entre ciel et terre, quelle chance ! des messagers, des créatures intermédiaires entre le céleste et le profane ; des esprits libres se laissant porter et confiants. Leur liberté, faculté fait tant rêver…

 … Moi je trompe mon monde : mi-mouette / mi-goëland. Farceuse, rieuse, joviale, contente de plaisanter avec mon entourage, surtout les hommes, ces personnages si vaniteux, fats pour la plupart. Je plane, dans tous les sens du terme, entre deux courants d’air, sur les ondes des flots, entre balcons et terrasses proches des rives et rivages.

Comment vous dire que je suis coquette, aime minauder entre tables et chaises de restaurants et voir s’allumer les yeux de ceux qui daignent me remarquer, me regarder ? Ils sont fort rares d’ailleurs. J’aime à me pavaner, séduire et froooout dès que l’un de ces humains est sur le point de m’enfermer dans sa petite boîte prodigieuse, étonnante, si singulière, je m’envole et fuis le discourtois, l’impoli.

J’apprécie trop ma liberté pour me voir placée, enregistrée ainsi par un grossier qui ne m’a pas demandé la permission de me capter et conserver dans son appareil mystérieux que tous ont désormais à la main.

J’ai appris à aimer la nourriture des humains : facile, tout est déjà prêt à être ingéré, et que de d’évolutions dans les saveurs.

Vie de rêve que celle d’habiter sur des bandes maritimes ou fluviales.

Ceci les trouble d’ailleurs et ils ne savent me dénommer : mouette ou goéland ? Moi, je me suis approprié un nom : Migo. Entre note de musique, ego et inconstance ; je suis périple, trajectoire, circuits, mobilité. Je vous ai dit, je crois que je suis fantasque. Je pourrais additionner indéterminée et voyageuse. C’est ainsi qu’avec mes yeux qui voient loin, très loin, j’en ai remarqué un, un d’humain que j’avais déjà distingué. Il ne semblait pas être tout à fait comme les autres. Il ne se hâtait pas aussi déraisonnablement, avait dans sa démarche un maintien plus estimable, digne, dans son regard, une attention, une contemplation, une concentration qui m’ont interpellé.

Alors je me suis mise à le suivre, de loin en loin d’abord, puis en me déplaçant dans son sillage, à une distance raisonnable… Il a fini par me repérer. Cela conforte mon impression que celui-là, il n’est pas semblable aux autres. Son sourire est prometteur, loyal. A distance, puis de moins en moins loin, puis de plus en plus près, jusqu’à survoler sa tête. Je ne me reconnais plus. J’agis curieusement, tel un ballon qu’il tiendrait du bout d’une ficelle et qui l’accompagnerait dans tous ses déplacements, toujours à son côté. Il n’a rien fait de spécial pour m’apprivoiser, me dresser et pourtant désormais je le suis toujours.

Pourquoi cette inclination ? Quel besoin de l’escorter ainsi ? Je désire constamment sa présence. Je ne minaude plus, je ne cherche plus à séduire. Moi, Migo, je ne me reconnais plus.

====

Au sujet de l’illustration

Ce timbre, émis en 1947, commémore le XIIe Congrès de l’Union postale universelle à Paris. Il est l’œuvre de Pierre Gandon, dessinateur, peintre et graveur.

La célébrité de ce timbre tient autant à l’esthétique de la gravure qu’à sa faible diffusion. En effet, sa valeur faciale de 500 francs représentait cent-dix fois la valeur de l’envoi d’une lettre simple à l’époque. Jamais une telle valeur n’avait été émise !

Votre commentaire

Entrez vos coordonnées ci-dessous ou cliquez sur une icône pour vous connecter:

Logo WordPress.com

Vous commentez à l’aide de votre compte WordPress.com. Déconnexion /  Changer )

Photo Google

Vous commentez à l’aide de votre compte Google. Déconnexion /  Changer )

Image Twitter

Vous commentez à l’aide de votre compte Twitter. Déconnexion /  Changer )

Photo Facebook

Vous commentez à l’aide de votre compte Facebook. Déconnexion /  Changer )

Connexion à %s

Créez un site ou un blog sur WordPress.com

Retour en haut ↑

%d blogueurs aiment cette page :