« Funambule des trottoirs »

Nathalie a choisi une forme poétique pour son récit dédié à la prise de risque. Elle va vous emmener, au fil des âges, sur les pas de son héroïne, une funambule des trottoirs ! Bonne lecture ! 

Funambule des trottoirs

J’ai quatre ans, sans arrêt, je marche sur tous les bords des trottoirs,

concentrée pour ne pas tomber dans le caniveau,

en imaginant que des crocodiles risqueraient de me dévorer.

Par peur de la circulation, ma mère me serre fermement la main.

Voilà, mes genoux sont écorchés, badigeonnés par du mercurochrome couleur carmin intense.

Bof! Je m’en fiche ! Même pas peur !

Car j’ai encore échappé aux crocs acérés de mes terrifiants prédateurs.

À sept ans, je regarde émerveillée les funambules, les trapézistes du cirque de Monte-Carlo diffusé à la télévision.

En cachette, je m’exerce sur les murets de mon HLM, 

et j’escalade les armoires de mon appartement.

D’où me vient ce genre de défis, ce besoin d’être sur le fil du rasoir :

tout faire pour ne pas tomber.

Prises de risques considérées ou inconsidérées ?

À dix ans, pour me canaliser et assouvir ce besoin,

Je pratique la gymnastique artistique.

La poutre large de 10 cm est aussi haute que moi.

Elle me fascine.

Cet encadrement sportif rassure mes parents.

À quinze ans, je recherche toujours plus de sensations, de libertés, de bien-être, de plaisirs :

sur la poutre, au trampoline, au tumbling.

Toujours aller plus haut, plus loin dans cette quête d’adrénaline.

La tête à l’envers, les pieds vers les étoiles.

Non, pour la perfection du mouvement acrobatique.

Mais pour me surpasser, me surprendre, 

Surmonter ma peur de ces bêtes féroces de ma tendre enfance.

Tout cela s’entremêle dans un bonheur inexplicable.

Paradoxal, ambivalent ?

À 25 ans, je teste d’autres sensations : parapente, canyoning, descente en rappel des parois rocheuses.

Je me sens libre, vivante et vibrante.

À 50 ans, mon corps me rappelle ses limites,

Mais, je reste attirée tel un aimant par ces sensations.

Mes rêves nocturnes et diurnes sont submergés par cette quête sans fin.

Retrouver ce besoin vital dans d’autres domaines,

Difficile d’égaler !

Les paradis artificiels m’ont traversé l’esprit pour retrouver encore et encore ce choc physiologique, psychologique.

Ma passion pour rester une petite funambule avide de liberté serait définitivement dévorée jusqu’à mes viscères,

par ces caïmans qui me guettent.

Cela, en ne descendant que deux minuscules marches d’un escalier.

Même après l’ingestion d’une dose d’héroïne, remonter ce ridicule obstacle, en équilibre sur mes mains serait insurmontable,

Pour la toute petite héroïne des bords de trottoirs, le long des caniveaux.

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