« Les cinq dernières minutes »

C’est aujourd’hui Alexandre qui vous livre un récit plein de suspense autour de l’héroïne ! Bonne lecture ! 

Les cinq dernières minutes

​Ma dixième nuit passée à la Croix-Rouge vient de se terminer. Pourtant, une sensation désagréable me tient en alerte et je me retourne, mais mon coéquipier Francis ne réagit pas tandis que je repasse devant le véhicule de secours et me mets à courir de chaque côté de l’avenue ; pas la peine d’appeler Francis, si je saute à cette température, cinq minutes pour le récupérer, c’est jouable.

*

C’est pas vrai, mais putain, y’a Bob qui se noie les gars ; j’y crois pas, il a sauté ! Bob, le dernier d’entre nous à avoir emménagé dans la rue, près du pont.

Ça a dû lui faire un choc à ce pauvre type, vraiment paumé … enfin je me comprends. C’est triste à dire mais son malheur, c’est sa femme avec qui il y a une histoire de gamin, je crois…enfin bref, il a du faire le con. Ils font tous le grand saut au début, c’est quasi systématique. Comme si nous pouvions nous payer le luxe de se prendre un bain dans la Sambre à chaque contrariété ! Encore faut-il trouver des habits neufs. Ne faites pas attention à lui, c’est pas la seule fois que ça lui arrive et, à mon avis, ce ne sera pas la dernière non plus ; enfin, vu comme c’est parti, il aura droit à un café ou alors la cerise sur le gâteau, un bol de soupe chaude s’il va à l’hosto ! Il n’a peut-être pas tort le bougre, il ne fait pas très chaud à rester des journées entières sur cette bouche d’aération.

Pour moi, la vie est un éternel recommencement, chaque jour je m’oblige à refaire les mêmes gestes aux mêmes endroits aux mêmes heures ; les habitudes me tiennent la tête hors de l’eau. Pas lui.

*

​7h00 du matin, convoqué derrière un bureau grisâtre, le brigadier de police qui prenait son service de jour entre dans le bureau et m’adresse un bonjour sans me regarder.

– Toujours sur elle que ça tombe ces choses là, je me disais. J’étais crevé et avais envie que mon tour de service à la Croix-Rouge se termine. Carmen avait passé une grande partie de la soirée à m’expliquer de long en large son divorce et ses difficultés sauf lorsque nous nous arrêtions pour prendre des nouvelles des uns et des autres, bien sûr.

C’est moi qui conduisais hier soir et elle qui observait les alentours car j’avais oublié mes lunettes. Une fois notre circuit terminé, plus de message radio ; chacun s’est isolé pour décompresser et se reposer ; c’est à partir de là que tout est allé si vite, je l’ai vu au loin s’agiter à tout va, puis elle a disparu de mon champ de vision. Alors,  je suis sorti à mon tour pour la rejoindre mais plus personne, le calme était revenu ; il faisait nuit noire, l’éclairage des réverbères était faible et un des gars de la rue qui s’appelle Léon est venu à ma rencontre puis nous sommes descendus et avons longé chacun d’un côté le bord de la rivière pendant un moment mais plus rien jusqu’à ce que je l’entende hurler et c’est à ce moment que j’ai compris ; j’ai essayé de la réanimer mais trop tard.

Carmen aura été une chouette femme, une héroïne même.

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