Jeu d’écriture « Le récit perturbé »

Nouvelle expérience pour les écrivants d’À Mots croisés avec jeux et impromptus ludiques, proposés par Véronique Devaux. 

« Le récit perturbé » était un exercice d’écriture chronométré. Imaginer un texte commençant par «Dans un village dont je tairais le nom… » avec des mots improbables, imposés chaque minute, à intégrer dans le récit : maison, déodorant, géant, goûter, vallée, étonnée, voix, pluie, trompé, girafe.

 » À travers eux «  de Sandra

Dans un village dont je tairais le nom, il était temps que je garde en mémoire les senteurs de ce village médiéval. Pluie ou soleil rendaient les remparts de l’église d’une lueur transitoire. Proche de notre maison, mes frères et sœurs aimaient à flâner sur les hauteurs du village. Ils jouaient avec des cailloux et de la terre séchée par le soleil, dans l’arrière-cour de la paroisse. Quant à moi, je continuais à vagabonder à travers les ruelles arborées qui dégageaient un parfum de senteur verveine à la manière d’un déodorant évaporé dans la nature. J’aimais retrouver la place du village pour contempler la vitrine de la boulangerie de Madame Lidonet. Au moment des cérémonies, elle présentait des pièces montées géantes accessibles à portée de main au plus grand plaisir des mariés de passage. Ils venaient passer commandes comme l’envie d’un goûter d’enfant.

Au moment où le soleil se levait dans ma chambre à petite ampleur, je partais m’évader dans la rue commerçante désertique du petit matin, en direction de la vallée face à la mer. Oh,combien de souvenirs sacrés de mes années de jeunesse dans ce petit village qui me laissait un goût d’imprévu. Au milieu de ma famille et des mes frères et sœurs, j’avais ce besoin d’éloignement, ce qui étonnait toute ma famille. J’étais le seul des enfants à m’aventurer en dehors du foyer, du matin au soir. Mes parents s’inquiétaient de mes allers et venues, ils craignaient l’école buissonnière. Les leçons étaient apprises au dernier moment et mes parents me répétaient sans cesse de trouver ma voie au milieu des moutons en ras campagne.

À toute épreuve, je me promenais en temps de pluie, je sentais les gouttelettes d’averse sur mon visage. Il y avait aussi les reflets mouillés et reluisants dans les allées principales qui ressemblaient à des vaisseaux argentés. Je connaissais les ruelles par cœur mais j’aimais à me tromper comme pour redécouvrir une première fois. Je ressemblais à une girafe qui bondit à travers les terres sèches ou mouillées au milieu des feuilles d’eucalyptus.

Ce plaisir de nature fut d’une courte durée. Deux ans après notre arrivée, mon père avait reçu un courrier de promesse d’embauche en banlieue strasbourgeoise. Nous allions donc quitter cet havre de paix pour partir en terre inconnue. Aujourd’hui encore, je garde un goût amer de ce brutal changement.

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