Nouvelle expérience pour les écrivants d’À Mots croisés avec jeux et impromptus ludiques, proposés par Véronique Devaux. À suivre le récit d’Adélaïde qui s’est affranchie de la consigne « Des métiers et des mots » et a imaginé un personnage évoluant dans l’univers de l’eau.
De vague et d’ondulation
Calypso semblait toujours vous filer entre les doigts. Toute en vague et ondulation, elle vous hypnotisait, vous laissait dans un état second, puis disparaissait.
D’elle, il ne restait qu’une image floue, un parfum de sel flottant éparse. Et vous vous demandiez si vous n’aviez pas rêver son apparition. Calypso portait son prénom comme un diadème : avec fierté, elle l’exposait, faisait rouler ses sons. A défaut de se souvenir de son apparence, on se souvenait de son prénom. On le murmurait pour en sentir les voyelles et consonnes qui attaquaient puis glissaient.
Visible et invisible, Calypso semblait jouer de la vie et des gens. Mais elle jouait surtout de ses atouts. Quand on est une fille de l’eau, sa seule façon d’exister est de changer, de s’adapter aux formes, aux températures, aux êtres. Quand on est une fille de l’eau, être invisible et omniprésente est une seconde nature. Pesante parfois, enivrante d’autres fois.
Alors, elle ruisselait de personne en personne, de relation en relation, laissant l’autre drainée. Elle fuyait aurait-on pu dire. Quoi donc ? Comme souvent la réponse était sa famille, son histoire. Pour survivre, elle avait tablé sur une de ses qualités essentielles, celle de devenir liquide. Cette capacité qui lui permettait de se glisser où elle voulait et d’emprunter ce dont elle avait besoin ou envie. Une emprunteuse professionnelle aux talents chers payés.
Calypso, vous l’aurez compris, vivait dans la solitude et dans la crainte. A l’état d’une petite rivière oubliée, elle rêvait d’être un torrent, écrasant sur son passage les obstacles de la vie, n’ayant plus à s’adapter aux rochers, regardant les rochers s’adapter à son chemin.
Mais elle était faite d’une eau douce et maniable à son grand désarroi. Alors pour battre le destin, battre la dépression, elle utilisait sa petitesse pour faire plier. Et elle jouait, encore et toujours. Elle s’infiltrait chez les inconnus, parmi leurs sentiments, volait leurs biens et tentait de se convaincre que cette vie valait la peine d’être vécue.
Mais en rencontrant Atlas, Calypso s’était heurtée à une montagne. Ses petits remous ne l’ébranlaient pas et elle adorait ça. Elle avait enfin rencontré un challenge intéressant, un être qui ne la laissait pas s’infiltrer.
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