« Nuit, que fais-tu ? »

Aujourd’hui, Laurent nous transporte dans une nuit imaginaire, à la fois inattendue et déstabilisante. 

Nuit, que fais-tu ?

Ce soir-là, le désordre lumineux s’était attardé. Il s’était accaparé le ciel. Sa face crépusculaire maintenait ses contours distincts, et aucun signe étoilé ne laissait présager son départ. Les mouvements malhabiles de ses formes dérangées annonçaient d’autres lueurs inopportunes. Une clarté inappropriée projetait des courbes éparpillées. Et, leurs sursauts éclairés, à l’affût du moindre événement, me rendaient nerveux et inquiet. Des corps aux reflets discordants s’interposaient. Ma vision éprouvée par des contrastes persistants cherchait désespérément un champ pour se reposer. Un bain de pénombre bien mérité, à cette heure déjà bien avancée. Qui mieux que la nuit, pour masquer les bords, arrondir les angles, et tamiser les couleurs ? Mais, elle ne tombait toujours pas. 

Comment expliquer un tel retard ? Le jour était comme suspendu. Le soleil refusait de passer sous l’horizon. Des rayons démesurés s’octroyaient du bon temps. Le jour s’offrait les grâces de l’équinoxe. Une durée supplémentaire au détriment de l’alternance nocturne, de l’obscurité profonde régénératrice. Il était temps que l’univers s’assombrisse, que l’obscurité dicte ses principes. Les pressions étaient trop visibles. Des nuisances au spectre déroutant allaient avoir bientôt raison de moi. Je réclamais la nuit. Seule une nuit noire et profonde 

pouvait remettre un peu d’ordre, et faire cesser mes tourments. N’y tenant plus, j’implorais son retour : « Nuit, viens à mon secours ! il faut que tu tombes, rattraper les heures perdues ! » J’attendais espérant qu’elle ait entendu ma plainte. Les diurnes, profitant de l’aubaine, ne voulaient pas céder leur place, et poursuivaient leur funeste besogne. Le bazar pouvait s’en donner à cœur joie. Les noctambules, quant à eux, prolongeaient leur grasse matinée, se prélassant opportunément. Et moi, je sombrais évanoui…

Je me réveillais, il faisait nuit noire, une nuit sans lune. Je me sentis soulagé qu’elle soit finalement tombée, le danger avait pu être écarté. Sa rupture avait fait fuir ces mauvais réverbères aux flammes pressées et encombrantes. Seul un très faible scintillement réussissait à percer le voile nuageux. L’immensité bienfaitrice avait masqué ces flambeaux de mauvaise augure. Oui, mais pour combien de temps ? A ce petit jeu, les solstices couraient à la discorde !

La nuit avait répondu à mon appel, c’est ce qu’elle me confie. J’étais inanimé quand elle est tombée. Quand le ciel s’est assombri, les travailleurs, aveuglés de bénéfices, saluèrent la contrainte bon gré, mal gré. Eux, ils auraient bien voulu continuer, sans repos, l’esprit abreuvé d’erreurs, ils espéraient d’autres laps salutaires. Les noctambules tout à coup sur le-qui-vive, voulurent à leur tour, tirer profit de ce malheureux retard. Après s’être très largement reposés, ils réclamaient des nuits exceptionnelles afin de relancer l’activité durement touchée par cette journée interminable.

J’étais allongé. La nuit prisonnière du sommeil était libérée. Mes cris l’avaient alertée. Elle s’était réveillée en sursaut, voilant l’immensité à ma rescousse. Je pouvais m’en remettre à ses remèdes, à ses doux conseils nyctalopes. C’était une nuit particulière, une chape vide vêtue d’une robe réconfortante. Un espace où règne l’invisible. Une immensité où se remuent dans l’ombre, des forces contenues et consenties. Une nuit propice aux rêves réparateurs, et à leur réveil dynamique. Je profitais de cet abîme de tranquillité pour analyser les assauts antérieures si redoutables. Des clichés avaient pris possession de ma mémoire. Des rayons intempestifs et surabondants montraient leur soif inassouvie d’éblouissements hasardeux. Il était temps que la pénombre prudente calme leurs ardeurs. Le refuge prévoyant du sommeil m’offrirait bientôt son intermittence sereine. Néanmoins, avant de céder à l’endormissement, je fis remarquer à la nuit que son retard pouvait avoir de lourdes conséquences…

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