« Le mauvais choix »

Dernière nouvelle policière imaginée pendant l’atelier d’Olivier Campos. 

L’enquête criminelle que vous propose Francine pourrait bien vous surprendre ! On ne vous en dit pas plus ! Surprise surprise !

Le mauvais choix

De gros nuages noirs roulent dans ce ciel d’un après-midi de fin d’été ou peut-être de début d’automne. La pluie n’est pas encore là, le tonnerre et les éclairs se rapprochent lentement. Soudain, le vent se lève et souffle d’abord en douceur, faisant flotter dans les airs les premières feuilles jaunes et rouges tombées des arbres.

Puis, le vent souffle de plus en plus fort. Les branches des arbres qui, il y a encore quelques minutes, dansaient gracieusement au gré des rafales d’air chaud, plient jusqu’à presque s’arracher comme voulant fuir de leur tronc nourricier. Les grandes bourrasques font voler du feuillage, des sacs en plastique et toutes sortes de choses que des promeneurs peu scrupuleux ont laissées derrière eux. Les oiseaux se pressent de rentrer dans leur abri avec de grands cris de ralliement.

D’abord, quelques gouttes tombent de ce ciel chargé et bas. La lumière s’assombrit donnant l’impression que la nuit arrive. L’air embaume de cette odeur très connue qui ressort de la pluie mouillant la terre desséchée par des journées ensoleillées.

Et très vite, le déluge. De grosses gouttes frappent le sol. La terre ne peut plus boire toute cette eau. Elle ruisselle le long des bas-côtés et finit dans les ornières du chemin traversant les champs, formant deux ruisselets parallèles.

Un voile brumeux enveloppe la campagne, les champs labourés, le petit bois du manoir du Pin d’un côté et la ferme “des Jumeaux” de l’autre côté. Le vieux chêne noueux dans le champ derrière la ferme fait une tache sombre dans ce paysage blanchâtre.

En approchant, notre regard est attiré par une masse claire au pied du tronc foncé.

Un corps assis, le dos en appui au tronc de cet ancêtre, avec un livre ouvert négligemment posé à l’envers sur les cuisses, les écouteurs de son téléphone dans les oreilles, les yeux fermés comme si le sommeil était arrivé au cours de sa lecture pour une petite sieste.

Tout semblait normal, enfin presque.

Qui n’aurait pas fui en voyant l’orage arrivé ? Qui serait resté à dormir sous la pluie à l’ombre de ce magnifique feuillu ? Et, il y a aussi ce filet rouge qui coule de sa tête sur son visage. Des gouttelettes écarlates tombent mollement de son menton sur son chemisier bleu clair. L’eau du ciel clarifie cette tâche de rouge en rose. Quelques éclaboussures de terre mouchettent son jean blanc. Ses cheveux châtains avec quelques mèches blondes collent à son visage d’une grande pâleur et encore enfantin. Le mascara noir de ses yeux déborde et forme des larmes foncées sur ses deux joues.

Une paire de baskets Nike en coton blanc posée à côté du corps inerte. Elles se remplissent de la pluie qui tombe des branches en grosses gouttes. Un sac de toile de la dernière mode sur lequel elle avait brodé ses initiales et des fleurs de toutes les couleurs, traîne dans l’herbe à portée de main. Il s’en échappe quelques feuilles de papier quadrillé, griffonnées des derniers vers qu’elle avait écrits pour son petit ami du moment.

Dans le chemin encore détrempé par la pluie du dernier orage, deux voitures bleu marine de la gendarmerie, gyrophare allumé et sirène qui hurle dans la campagne, sont arrêtées près du vieux chêne. Des hommes en uniforme s’activent autour de l’arbre, tendent les rubans jaunes écrits de noir autour de la scène du crime, recueillent les éléments qui traînent dans l’herbe ; un caillou ensanglanté, des feuilles d’écolier, le sac brodé, des tennis trempés, etc.

Une voiture banalisée s’approche. Deux hommes en jean et blouson sautent rapidement du véhicule, s’approchent de la jeune victime. Ils tournent autour, se penchent, examinent de plus près certaines parties, donnent des ordres et posent des questions aux hommes qui ont fait les premières constatations.

Le commissaire Merlin interroge avec un accent chantant, rappelant son enfance passée dans le sud de la France :

-“Qui a trouvé le corps ? “

Un gendarme répond :

-“C’est le fermier du coin, et bonjour commissaire! ”

-“Ah oui ! Bonjour tout le monde ! Maintenant on peut se mettre au travail. Où est le médecin légiste ?”

-“ Il n’est pas encore arrivé. Il avait une autopsie à finir en urgence, il devrait être là dans une heure. Nous faisons un maximum de photos en attendant pour ne pas perdre d’éléments.”

-“Comment peut-on travailler correctement sans lui ? Est-ce que l’on sait le nom de la pitchoune?”

-“Oui, elle s’appelle Andréa Fournier et elle a 17 ans. Elle aimait écrire des poèmes à un certain Thomas.”

-“Ok, et premières constatations ?”

L’inspecteur Jacob, l’adjoint du commissaire, le rejoint avec son petit carnet à la main. Il lit.

-“Jeune fille de 17 ans, étudiante, vivant chez ses parents dans un petit village du coin. Concernant la blessure, elle a été faite par une pierre que l’on a retrouvée un peu plus loin. Malgré la pluie, elle porte encore du sang et quelquescheveux.”

-“Je veux poser quelques questions au patriarche.”

-“Allez, raconte ce que tu as vu, mon brave.”

-“Ben, Thomas, son petit copain, est arrivé. Ils sont toujours ensemble ces deux-là.

-“D’acc, tu sais où il crèche le petit ?”

-“Chez ses parents à Fougerole, une petite maison avec deux lions au portail.”

S’adressant à son adjoint :

-“Bon, on va lui rendre une petite visite.”

Une courte course en voiture et les voilà devant la maison.

-“Oh vé ! On est arrivés.”

L’inspecteur actionne la sonnette, un joli carillon sonne. Un jeune homme ouvre la porte.

– “Bonjour. Inspecteur Jacob et commissaire Merlin, gendarmerie” “C’est bien vous Thomas ? Le petit copain d’Andréa.“

-“Oui, c’est pourquoi ?” bredouille l’adolescent. Il est tremblant et blême.

-“Est-ce que tu as vu Andréa cet après-midi ?”

-“Oui. Pourquoi ?”

Le commissaire reprend :

-“Petit, c’est les mêmes vêtements que tu portes ou tu t’es changé ?”

Thomas reste silencieux. Merlin fait tourner Thomas sur lui-même les bras en l’air. Il insiste :

-“Allez réponds ! Tu veux que l’on vérifie dans ta carrée?”

Jacob pousse le jeune homme et fouille la chambre du garçon. Puis, dans la salle de bain encore en désordre, il renverse le bac à linge sale. Il ressort un air triomphant sur le visage et un tee-shirt taché de sang à la main. Il le tend au commissaire qui l’examine et regarde Thomas.

-“Tu peux me dire d’où viennent ses taches de sang ? Tu commences à m’escagasser petit.”

-“Bon, allez on l’embarque à la casbah pour un petit tête-à-tête en règle ! “

Dans la salle d’interrogatoire aux murs de couleur grise, avec une forte lumière, sa glace sans tain, sa table et ses chaises au milieu de la pièce ; elle ressemble à toutes les salles existant dans les gendarmeries ou les commissariats.

Installé sur une chaise, le commissaire et son adjoint en face, Thomas a le regard vide. Il a de grosses larmes qui lui coulent sur les joues. Des sanglots secouent son corps. Merlin allume la caméra témoin et le regarde avant de lui poser des questions.

-“Mon petit Thomas, tu peux me dire d’où vient ce sang sur ton maillot ?”

Thomas reste toujours silencieux. Jacob sort le tee-shirt de son sac en plastique et lui met sous le nez.

-“Regarde bien et dis-moi que ce n’est pas le sang d’Andréa.”

Thomas sanglote de plus belle et entre deux spasmes, il réussit à prononcer quelques mots.

-“Oui” snif, snif, “est moi” ham “ui ai tué”

Merlin et Jacob se regardent. C’est bien la première fois qu’un coupable avoue aussi vite.

L’inspecteur amène une petite bouteille d’eau minérale à Thomas en lui demandant de se calmer et de bien vouloir donner des explications sur son geste. Un gendarme frappe à la porte et leur donne une enveloppe venant du médecin légiste. Le commissaire et l’inspecteur se rendent dans le bureau pour lire tranquillement. Merlin sort le rapport, se lève et le lit en marchant dans la pièce. Il se laisse tomber sur son siège, en levant les yeux vers son adjoint.

-“Bien ça. C’est pas ordinaire ! C’est bien la première fois que je suis confronté à ce genre de truc !”

Jacob adossé au rebord de la fenêtre attend et lui lance d’un ton interrogateur.

-“ Ah bon … et bien quoi alors ?”

Le commissaire lui tend les feuilles dactylographiées avec une photo du corps nu. L’inspecteur parcourt le document, il cherche un siège pour s’asseoir et se remettre de sa surprise.

-“En effet, c’est pas banal.”

Le commissaire se lève et se dirige vers la salle d’interrogatoire. Il fait signe à son adjoint de le suivre. Ils s’assoient en face de Thomas. L’inspecteur rallume la caméra témoin. Merlin regarde le jeune homme dans les yeux :

-“Allez, mon petit gars. Maintenant que tu as eu le temps de reprendre tes esprits, il faut que tu nous racontes ton histoire. On t’écoute !”

Jacob ajoute.

-“Tu peux tout nous dire. On est là pour ça.”

Thomas s’est un peu calmé. Il est toujours livide. Son visage est défait. Mais maintenant, il peut mieux parler et se faire comprendre.

-“J’aimais tant Andréa, je l’aimais tant.”

-“Vous aviez rendez-vous sous le chêne ?”

-“Oui, on se retrouvait souvent sous ce vieux chêne, c’était notre endroit.”

-“ Et, après ?”

-“On a parlé, on a ri, on s’est embrassé. Elle me faisait la lecture tout en m’écoutant de la musique. Je l’ai caressée. Pour la première fois, elle n’a pas arrêté ma main quand je suis arrivé plus bas.”

-“D’accord, et alors ?”

-“Je n’ai pas compris tout de suite. J’ai d’abord été surpris, après horrifié et très en colère. J’ai vu rouge et j’ai disjoncté. Ma main a trouvé une pierre. Je ne voulais pas l’écouter. J’ai frappé. Elle est tombée contre l’arbre. Alors j’ai couru, couru sous la pluie. Je voulais fuir cet endroit, ce que j’avais fait.”

-“Mais tu n’avais jamais eu de doute?”

-“Non, elle était toute en féminité, elle voulait que l’on prenne notre temps.”

Le commissaire Merlin prend la parole.

-“Ecoute, petit. Tu aurais dû entendre ses explications. Elle avait beaucoup de choses à te dire et à te faire comprendre. Tu sais ce que c’est un être hermaphrodite ?”

-“C’est dans la mythologie!”

-“Aussi dans la vie. Andréa était intersexuée. Un mélange de caractère mâle et femelle. Mais, chez elle, la part féminine était dominante. Elle devait se faire opérer pour avoir une vie normale. Elle voulait t’en parler mais tu n’as pas voulu l’entendre … tu as pris la mauvaise décision.”

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