« Le plus beau jour de sa vie »

Sous un titre enchanteur, Danielle nous déroule une histoire, pleine d’humour et d’ironie, où le temps paraît interminable et où… surprise ! Bonne lecture !

Le plus beau jour de sa vie

 Plus d’une heure que Sophie attend, enfermée, dans la chambre de ses parents. Enfin enfermée, ce n’est pas vraiment le mot exact. Simplement, elle ne peut pas descendre rejoindre les invités.

Oui, aujourd’hui, c’est le plus beau jour de sa vie. C’est ce que tout le monde lui répète depuis ce matin. La coiffeuse qui lui a tressé ses cheveux, avec des fleurs blanches. La manucure qui lui a, pour la première fois de sa vie, verni les ongles. La couturière, qui a fait les derniers ajustements de sa robe blanche.

Sophie se marie aujourd’hui.. C’est donc ça qu’ils appellent le plus beau jour de sa vie.

Elle a les tripes sens dessus dessous. Et si François ne venait pas ? Elle l’a senti distant cette dernière semaine. Et elle, elle se demande si elle ne faisait pas la plus grosse bêtise de sa vie. Se marier, si jeune. Elle est sûre que certains invités, et pourquoi pas, quelques membres de sa famille, croiront que c’est parce qu’elle est obligée, qu’elle a un polichinelle dans le tiroir.

14 h, et François n’est toujours pas là. Pourtant, ils avaient bien répété le timing de ce jour : mairie à 14 h et église à 15 h.

Dehors, dans le jardin, les invités devisent gaiement, en levant de temps en temps les yeux vers la fenêtre de la chambre où elle doit patienter. C’est pour satisfaire à la tradition qu’elle n’a pas rejoint les autres : la mariée ne doit pas se montrer tant que son futur mari n’est pas là.

Les minutes s’étirent doucement. Que penser ? Ses parents lui avaient répété qu’elle faisait une grosse bêtise. Auraient-ils eu raison ? Elle en a assez de tourner en rond dans cette chambre où il n’y a pas d’air. C’est vrai qu’il fait chaud aujourd’hui, ce 20 juillet 1968.

14h30, toujours pas de nouvelles. Une boule d’angoisse monte dans sa poitrine. Elle ne peut même pas s’asseoir sur le lit, car elle va froisser sa belle robe. Sa mère la questionne pour savoir où François peut être. Mais elle n’en sait rien. A-t-il changé d’avis ?

Son père commence à montrer des signes d’impatience. Lui qui avait bien décoré la voiture pour la conduire à la mairie, qui avait revêtu un élégant costume, il espère que ce n’est pas pour rien. Les invités aussi s’interrogent, on l’entend au son des conversations.

C’est terrible d’être dans cette attente, de ne rien savoir. Sophie essaie vainement de contrôler les battements de son cœur, mais elle y parvient difficilement. Comment rester zen dans une telle situation ?

14h45. Maintenant, c’est à l’église qu’ils vont arriver en retard ! Saint-Liguaire n’est pas loin, mais avec toutes les voitures des invités, il faudra du temps pour rejoindre l’autel. Sophie se dit que c’est fini, qu’il ne viendra plus, son beau fiancé.

Et puis, vers 15h, une clameur monte du jardin. François arrive, tout sourire. On ne t’attendait plus, fait remarquer son père.

Je n’ai pas vu le temps passer, répond-il. Mais je n’ai que cinq minutes de retard, non ?

Pas vraiment, rétorque mon père. Tu as une heure de retard !

Non ! Je voulais que la voiture soit nickel, alors je l’ai passé au polish, voilà pourquoi je suis en retard.

Sophie, qui enfin, peut sortir de la chambre n’en croit pas ses oreilles ! François a préféré sa voiture à sa fiancée ! C’est vraiment ça, le plus beau jour de sa vie ?

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