« Coup de poker »

Nouveau récit de la série « Affût » avec celui imaginé par Annie qui déroule son histoire en phrases courtes pour mettre le lecteur sous tension jusqu’à la chute … plutôt surprenante ! Bonne lecture ! 

Coup de poker

Cela fait plus de trente ans que Robert travaille à l’Ermitage, un palace discret, caché dans une pinède, proche de Monte-Carlo. Il en connaît tous les coins et recoins. Il a ses préférés dans la clientèle. Il apprécie ses collègues. Il aime son boulot. Aujourd’hui, il va mal. La semaine dernière, il a joué au poker avec ses copains de pétanque. Il a perdu. Beaucoup. Impossible d’avouer cette dette de jeu à sa femme adorée. Il ne peut se résoudre à mettre sa famille en péril. C’est décidé. Il va se refaire. Vite. Maintenant.

Comme d’habitude, il prend son service sur le coup de 5.30 h du matin. Il dresse les plateaux de petits déjeuners à l’aide des fiches où sont cochés les souhaits de chaque client. Il est si méticuleux qu’il plie chaque serviette avec élégance. Tantôt en éventail, tantôt en bougie ou en pyramide. De véritables œuvres d’art dont raffole la clientèle asiatique. Entre six et dix heures, il effectue le service. Facile alors pour lui d’annoter au dos de chaque fiche client des lettres codifiées, selon les objets de valeur en vue dans la chambre.

Après ce premier repérage, il vérifie fébrilement dans l’ordinateur la durée de séjour des clients « intéressants ». Suite Agatha Christie. Madame Poirot. C’est elle qu’il va délester de quelques petits bijoux. Elle est si écervelée. Il la connaît bien. Un jour, elle est même partie sans ses valises. Elle n’a même pas voulu qu’on les lui expédie, elle en a profité pour renouveler sa garde-robe ! Robert prévoit de lui prendre une énorme broche avec rubis et diamants, une gourmette en or, une ou deux montres et, peut-être, quelques boucles d’oreille. Elle a tellement de bijoux qu’à coup sûr, elle ne s’apercevra pas de sitôt qu’ils lui en manquent !

Sur le coup de midi, il reprend la main sur l’ordi. La Suite est faite, la femme de chambre est passée à 11.30 h. Tout va bien. Il monte au deuxième étage en empruntant l’escalier de service. Il entend des rires dans le couloir. Il attend. Figé. Immobile. Il se joue la scène dans sa tête. Il va entrer, filer dans la chambre, direction la table de nuit, ouvrir la boîte à bijoux, les cacher dans la pochette intérieure de sa veste d’uniforme, déguerpir au plus vite, mais dans le calme pour ne pas être repéré. Il se doit de rester stylé comme d’habitude.

C’est alors que mille pensées lui montent à la tête. L’entreprise n’est-elle pas risquée ? N’y aurait-il pas un autre moyen pour rembourser sa dette ? Et, s’il finit en prison ? Le doute l’envahit. Il sent une sueur froide dégouliner sur son front. Il voudrait passer ses mains gantées pour s’essuyer, mais au dernier moment, préfère prendre son mouchoir. Il est tétanisé. Il ne peut plus avancer. Il peut encore reculer. Fuir. Tu réfléchis trop, mon gars ! Une porte claque. Elle agit sur lui comme un détonateur. Il ose. Un geste. Fou. Il ouvre la porte palière. File vers la chambre.

« Room service !» Silence. Il frappe. Badge avec sa carte. Pzzzt ! Il entre. Jette un coup d’œil à la salle de bains. Vide. Bien rangée. Il traverse d’un pas rapide le petit salon double, noble, élégant avec ses ors et ses drapés. La fenêtre est grande ouverte. La vue sur la Méditerranée est vraiment magnifique ! Il se dirige maintenant vers la chambre et la table de nuit. Il lui faut faire vite. « Madame, Madame ! » Trop tard. Elle baigne dans son sang. « Putain, la boîte a disparu ! »

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